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Mogari No Mori / The Cat of the Worm’s Green Realm

Lumières fantômes

Naomi Kawase et Stan Brakhage sont tous deux des artistes de l’intime. Ces deux cinéastes ont des démarches artistiques complémentaires, dans laquelle le médium filmique interroge la question du point de vue, voire même pour Brakhage, traduit une expérience de vision. En cela, la forme de leurs films est perpétuellement mouvante. Éprouvant incessamment par leurs recherches formelles notre rapport au monde, elles traduisent les liens fondamentaux, essentiels, qu’ils entretiennent avec le vivant, avec la nature.

Brakhage décrivait son film comme étant « une sorte de « lumière fantôme » au milieu de la photographie microscopique des feuilles et des brindilles »1VERGÉ Émilie, Stan Brakhage, Films (1952-2003), Catalogue raisonné, p.341. Ses mots trouvent un écho au cœur de la forêt sacrée de Mogari, connectée au vivant et à ses divinités, là où Machiko et Shigeki affrontent orage et chutes d’arbres, et avant que ne revienne dans une communion retrouvée avec la nature, la sérénité.

Dans l’ouvrage Renversements 1, Erik Bullot évoque ces deux cinéastes en interrogeant l’idée d’un renversement des images. L’avant-gardiste américain tient à « inscrire l’intensité de la vision avant l’irruption du verbe »2BULLOT Erik, Renversements 1, Notes sur le cinéma, p.25. Une vision primale décrivant le lien absolu, sans filtre et fondateur, du nouveau né avec son environnement, bien avant le langage. Tandis que la cinéaste japonaise, dans sa « beauté formelle et sensible »3Ibid., p.79, « s’attache à délimiter et franchir un territoire »4Ibid., p.90, géographique mais surtout spirituel, figurée par l’obsession du retour à la nature du vieux Shigeki, se sentant conjointement appelé par la forêt et à abandonner la vie.

Ces deux œuvres nous propulsent dans une expérience sensorielle singulière, où il faut se perdre pour mieux se retrouver. Retrouver le lien perdu avec les forces terrestres vitales, celles que nous sommes censés éprouver avec davantage d’acuité aux extrémités du cycle de la vie, la naissance et la mort. Accéder dans le silence à un temps suspendu, du point de vue d’un chat, et dans l’immensité de la forêt. Un long voyage cinématographique entre la perception et ses interprétations sensibles.

Lila El Mahouti

 

The cat of the worm's green realm
  • 1
    VERGÉ Émilie, Stan Brakhage, Films (1952-2003), Catalogue raisonné, p.341
  • 2
    BULLOT Erik, Renversements 1, Notes sur le cinéma, p.25
  • 3
    Ibid., p.79
  • 4
    Ibid., p.90
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