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Le Désert rouge

Paradoxe industriel

Il est peut-être surprenant qu’une première expérimentation de la couleur se traduise chez Antonioni par un film à dominante si monochromatique. Le gris s’infiltre partout : dans les murs et les vêtements, dans les objets et les fruits, dans la terre, le ciel, la brume, les relations. Mais Le Désert rouge relate la traversée d’un désert industriel, d’un wasteland post-apocalyptique, par des êtres à la dérive. Là où les usines se sont installées dans la région côtière du Pô, où un monde de machines a contaminé le paysage naturel, nous ne récupérons en héritage que des espaces vidés de leurs couleurs.

Pourtant, c’est en opposition au « vieux monde » teinté de fascisme, et avec une certaine foi dans le progrès qu’Antonioni peint les paysages de Désert rouge. Son regard, tourné singulièrement vers le futur et ses possibilités, observe l’industrialisation sans la condamner.

Dans Le Désert Rouge, ce sont les tuyaux de l’usine, rouges, bleus, oranges, et les objets fabriqués à la chaîne qui ont été affublés de couleurs vives. Notre œil ne peut qu’être happé par ces surgissements : le cinéaste reconnaît à l’esthétique industrielle une beauté indéniable. Mais comme le rappelle Sandro Bernardi : « [Antonioni] pose la couleur là où il n’y a pas de vie.1BERNARDINI Sandro, « L’hybridation entre cinéma et peinture, Le Désert Rouge », Antonioni. Personnage paysage. Presses Universitaires de Vincennes, 2006, p.119. » Cette illusion du vif perturbe d’autant plus Giuliana, que ses maux ne trouvent pas leur origine dans cet étrange environnement, mais dans son incapacité à s’y adapter.

Si Antonioni ne condamne pas l’industrie, les personnages, eux, se laissent avaler par la brume des usines et Giuliana continue à échouer dans son adaptation. Un trouble traverse ainsi le film jusqu’à la fin et n’est soulagé que par un unique battement de cœur : une cabane trouvée par hasard dans le port, rouge comme l’intérieur d’un corps, plus vital que tout ce qui a été vu avant cette séquence, seul moment de connexion humaine entrepris par le film. Comparé à ce souffle, il apparaît évident que le reste du paysage est mort, qu’aucune couleur ne peut plus réellement y être trouvée.

Emma Loiret

 

Le Désert rouge : bande-annonce
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    BERNARDINI Sandro, « L’hybridation entre cinéma et peinture, Le Désert Rouge », Antonioni. Personnage paysage. Presses Universitaires de Vincennes, 2006, p.119.
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