Zion et son frère

Zion Ve Ahav
2009 – Israël / France
84' – 1,85:1 - Couleur - 35mm
Réalisation : Eran Merav
Scénario : Eran Merav
Musique : Blake Williams, Mary Lago Williams
Image : Itzik Portal
Montage : Sari Ezouz
Production : Charles Gillibert, Nathanaël Karmitz, Assaf Amir, Yoav Roeh
Avec : Reuven Badalov, Ronit Elkabetz, Tzahi Grad, Ofer Hayun, Liya Leyn...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt1191140

Va, vis et deviens

Zion et son frère est un film lumineux. Dans un ciel sans nuage, le soleil domine Haïfa et sa banlieue, la chaleur magnifiant la végétation. Il nous est donné à voir une ville typiquement méditerranéenne, à l’image de Tel-Aviv, qui arrive à garder son identité israélienne, malgré l’influence sociétale occidentale. Mais, si le soleil éblouit et rend grâce au pays et particulièrement à la banlieue de Haïfa, il écrase aussi par ailleurs, les lieux qu’il éclaire. Lorsque Meir, le grand frère de Zion, s’enfonce en voiture dans un petit chemin au milieu d’un champ, les couleurs de celui-ci sont ternes, pas mêmes pastelles, plutôt blanchies, absorbées par la lumière solaire. L’environnement dans son ensemble regorge de couleurs claires, noyées dans le flou.

L’été dure neuf mois en Israël ; dans Zion et son frère, il domine complètement la ville, l’atmosphère, les personnages, devient le sujet à la fois principal et secondaire, le lien de cause-à-effet. Inénarrable, il est néanmoins palpable : aucun des protagonistes n’aborde le temps qu’il fait ni ne s’en plaint. Zion et son entourage vivent accoutumés à une chaleur plombante – chaleur qui semble annihiler les sentiments et amoindrir les réactions : alors qu’un garçon éthiopien disparait, personne, pas même la police ne le recherche. Le jeune homme s’est fondu dans le décor, fait partie du paysage et lorsqu’il n’est plus, on ne le remarque même pas.

Les adolescents sont au centre de ce premier film d’Eran Merav qui ne se targue certainement pas de brosser un portrait généraliste et unanime de la jeunesse israélienne. Tel un photographe, il capture la réalité et témoigne de la vie quelque peu précaire en banlieue des grandes métropoles. Il (re)donne à ces jeunes leur place, les fait exister dans un univers où la vie humaine n’est plus au cœur des préoccupations. Quotidiennement ou presque, des personnes civiles et militaires meurent dans un attentat ou un conflit dans la Bande de Gaza, des vies sont arrachées sans que cela ne scandalise les médias ou n’affole l’opinion publique. Au même titre que le soleil est quotidien, les morts violentes sont journalières, banales et banalisées.

Mais, en mettant deux frères comme pivots de son récit, le cinéaste évoque déjà l’espoir et la possibilité d’un monde meilleur. D’un avenir tout court, tout d’abord. Le lien familial, même s’il est régulièrement mis à mal par des disputes de plus en plus violentes, crée un point de repère sur lequel s’appuyer et soutient des valeurs identitaires et altruistes qui manquent à un pays perturbé par des conflits géopolitiques récurrents. La famille de Zion, si sensiblement bancale et fragile, au bord de l’implosion, incarne finalement l’équilibre tangent qui offre à Zion et Meir, victimes silencieuses comme tant d’autres de la violence sociale, la force et l’enthousiasme impulsif d’avancer, le cœur ouvert au monde. La dernière séquence le montre d’ailleurs bien : les deux frères se battent à même le sol, dans le sable. Alors qu’un nouveau drame, une nouvelle disparition pourrait avoir lieu, un élément extérieur les stoppe dans leur élan et les conduit à relever la tête. Face à eux, la mer et le doux soleil qui s’étend et se couche sur la côte méditerranéenne. L’été touche à sa fin, le soleil n’est plus pertubateur ni étouffant ; bien au contraire, il redonne vie et espoir. Zion et Meir, tournés vers lui, se tiennent face à leur avenir en contemplant l’horizon.

Marine Bénézech

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