Septième ciel

Wolke Neun
2008 – Allemagne
96' – 1,85:1 - Couleur - Dolby Digital - 35mm
Réalisation : Andreas Dresen
Scénario : Andreas Dresen, Jörg Hauschild, Laila Stieler, Cooky Ziesche
Image : Michael Hammon
Montage : Jörg Hauschikd
Production : Peter Rommel
Avec : Ursula Werner, Horst Reberg, Horst Westpal, Steffi Kühnert...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt1037228

Romance sans parole

Inge et Karl s’aiment. D’un amour fou, tendre, absolu. Mais tout n’est pas si simple. Inge est mariée à Werner qu’elle aime encore à sa façon après trente ans de mariage. Et puis Inge a la soixantaine bien tassée et Karl 76 ans ! Mais ils s’aiment et rien ne peut empêcher cela. Septième ciel est une ode à l’amour et bouscule les préjugés sur la vieillesse.

Le film nous présente la fin de vie non comme un compte à rebours vers la fin tout court, mais comme l’âge des possibles. Dans vieillesse, il y a « vie » et nos deux amants la consomment pleinement. Ils font l’amour passionnément, s’observent, se caressent, se séduisent. Leurs corps, bien que flétris par le temps, n’en restent pas moins porteurs et conducteurs de plaisir et de jouissance. Andreas Dresen filme ces corps qui s’offrent sans fausse pudeur. La caméra capte les moments où, transportés, Inge et Karl se donnent l’un à l’autre. Ce ne sont pas deux personnes âgées que nous voyons, mais deux êtres qui s’aiment. Le réalisateur les filme comme il filmerait deux acteurs beaux et dans la force de l’âge et c’est ce qui rend ces scènes d’amour excitantes. Elles sont d’ailleurs plus explicites que dans des films où les acteurs sont plus jeunes, mais elles sont indispensables pour comprendre que leur amour charnel existe bel et bien et qu’il est tout aussi réel que s’ils avaient quelques années (décennies) de moins. Elles justifient la réalité de leur amour.

Le corps vieillissant perd de sa force et de son attrait, mais Inge et Karl l’entretiennent. La vieillesse est un état d’esprit, dit-on. Leur mode de pensée n’est pas celui-là alors ! Karl pratique intensément le vélo, participe à des courses de voitures (en tant que spectateur tout de même !). Inge continue de travailler en postant des annonces pour des retouches de vêtements, chante dans une chorale. Et elle prend soin de son corps, l’ausculte, le travaille. Une scène la montre nue devant son miroir. Elle détaille chaque partie de son anatomie. Inge est une jeune fille qui cherche ses atouts, son pouvoir de séduction. Qui est fière de sa féminité aussi. Cette jeunesse, on la retrouve dans une phrase naïve qu’elle dit à Karl après l’amour : « J’ai toujours rêvé de retomber un jour amoureuse ». Elle a gardé cette innocence, cet enthousiasme que l’on prête à la jeunesse. C’est ce qui lui donne la force d’aller jusqu’au bout de son amour pour Karl.

L’amour n’a pas besoin de mots. La première moitié du film est presque sans paroles. Inge et Werner ne se parlent presque plus non plus, mais pour d’autres raisons. L’affection réciproque est toujours présente, mais le quotidien a pris le pas sur l’expression des sentiments. Malgré cela le silence était leur manière de communiquer. Les mots ne serviront qu’à se faire du mal. Karl et Inge l’ont bien compris. Le corps est le conducteur de tous les sentiments. Lorsqu’Inge est frappée par le désespoir, Karl ne dit rien pour la consoler. Que dire face à la détresse ? Le film se clôture par cette image d’Inge se plongeant dans les bras de Karl qui la serre très fort. C’est en l’autre que l’on se retrouve. L’autre dans son entité propre. Ce qu’il voudrait dire, on le sait, mais les mots ne sont jamais aussi justes que le ressenti. Alors, les gestes parlent pour le cœur. Werner n’avait plus ces gestes pour Inge et quelque part c’est la raison de son départ.

Elle est partie pour retrouver ces gestes sans parole, cette pureté de l’expression jamais trahie par quelques verbes mal choisis. Inge (re)découvre l’état primitif, naturel. Car c’est de nature dont il est question. L’homme naturel, sans contraintes tout d’abord. Les amants suivent leur instinct. Ils ne se préoccupent que d’eux, de leurs envies et de leurs besoins ; retour à l’état primal des choses. Ensuite, la nature comme état de communion, comme suite logique de ce premier état des lieux. La Nature au sens propre. Nus, Inge et Karl se baignent dans un lac au milieu d’une clairière. Tels Adam et Eve, ils évoluent dans le Jardin des Merveilles. La conscience de leur état a chassé les premiers hommes du Paradis. La mauvaise conscience d’Inge la poussera à quitter précipitamment le lieu de ses ébats amoureux. Mais, à l’heure des délocalisations, le paradis peut être partout et il se trouve avec Karl, chez lui.

De serpent, il n’en n’est pas question. Il serait trop facile d’incomber à Werner la raison de la tristesse d’Inge. Werner souffre lui aussi. Mais contre la fatalité du bonheur on ne peut rien. Fatalité, car comme Inge le dit elle-même : « Je n’avais pas prévu cela ».

Septième ciel est un film sur l’authenticité des sentiments. Alors, les idées reçues sur la sexualité, la vieillesse, les convenances sont balayées pour laisser place au vécu. Vécu des personnages, vécu du spectateur car quelque soit son âge ou ses convictions, on se reconnait dans l’exaltation des émotions. Le film va au-delà de l’amour des septuagénaires, il parle du don de soi. Total.

Marine Bénézech

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