Pieds nus sur les limaces

2010 – France
108' – 1,85:1 - Couleur - 35mm
Réalisation : Fabienne Berthaud
Scénario : Fabienne Berthaud, Pascal Arnold
Musique : Michael Stevens
Image : Nathalie Durand
Montage : Pierre Haberer
Production : Jean-Christophe Colson
Avec : Diane Kruger, Ludivine Sagnier...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt1576450/

Deux soeurs qu’apparemment tout oppose sont réunies par la mort soudaine de leur mère. La plus jeune, jouée par Ludivine Sagnier, est, disons, simple, limitée, tendrement folle. Les mots précis manquent car ils ne figurent pas dans le film qui se contente d’observer la jeune femme, ses manies, ses passions décalées, sa légèreté inconsciente. Clara, l’aînée, assistante dans le cabinet d’avocats de son mari, a une vie bien rangée, une vie toute tracée qu’elle suit à la lettre. On retrouve dans ce rôle Diane Kruger, l’héroïne du précédent film de la réalisatrice, Frankie (2005).

Les retrouvailles entre ces sours vont brouiller leurs différences, troubler les règles qui semblaient établies au début du film. Lily fait preuve d’une clairvoyance déconcertante lorsqu’il s’agit de comprendre la psychologie des gens qui l’entourent. Elle « dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas », éternelle enfant. Grâce à ses révélations, jetées dans l’air, la folie de l’une et la sagesse de l’autre se confondent. Les deux sours ne sont plus mises en parallèles mais se croisent. Les névroses sont plus partagées qu’il n’y parait.

Dans l’histoire que raconte le film, peu de surprises. On pense à d’autres films de relations fraternelles rendues difficiles par la différence, comme par exemple à Rain Man (Barry Levinson, 1988). Mais la force du film de Fabienne Berthaud tient dans sa façon d’aborder la folie douce de Lily et la tristesse profonde de Clara : toujours à la surface, la caméra scrute les inflexions des visages, les frémissements de la peau. Dès la lecture du titre, le sens du toucher du spectateur est convoqué et les sensations tactiles sont omniprésentes dans le film. C’est à travers ces perceptions particulières que le spectateur entre dans le monde de Lily : les hautes herbes qui effleurent ses jambes toujours nues, ses mains caressant les écorces des arbres, son affection pour la fourrure des petits animaux qu’elle transforme en pantoufles, colliers et gris-gris, l’omniprésence de la laine sur sa peau ou tricotée autour de troncs d’arbres par ses soins.

La nature est aussi un élément fondamental du film ; elle envahit toutes les images. Les cadrages oscillent entre plans larges de paysages dans lesquels les jeunes femmes semblent disparaitre, et gros plans sur leurs visages. Mais les frontières sont floues entre les corps des héroïnes et les paysages qui les entourent. Le regard est le même lorsqu’il se pose sur les cheveux blonds ébouriffés et les rouleaux de pailles ; le vent qui fait onduler les champs fait aussi frissonner les peaux – celles des personnages comme celles des spectateurs.

C’est cette ambiance toujours à fleur de peau qui caractérise le cinéma de Fabienne Berthaud et que l’on retrouvait aussi dans son film précédent Frankie qui mettait en scène un mannequin en fin de carrière hospitalisé dans une clinique psychiatrique. Dans Pieds nus sur les limaces, le sujet est plus léger mais parfaitement soutenu par l’atmosphère naturelle et ensoleillée des décors et le jeu juste et précis des deux actrices. Le spectateur est emporté dans la magie de cette fable moderne sur la différence face au lourd carcan de la société.

Véronique Buyer

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