Outrage Coda

アウトレイジ 最終章, Autoreiji sai shūshō
2017 – Japon
104' – Couleur - 2,35:1 - Dolby digital - 35mm
Réalisation : Takeshi Kitano
Scénario : Takeshi Kitano
Image : Katsumi Yanagijima
Avec : Takeshi Kitano, Toshiyuki Nishida, Tatsuo Nadaka...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt6293042/

Clôture très efficace à la trilogie commencée sept ans plus tôt, Outrage Coda prolonge jusqu’à l’extrême le diagnostic de la société japonaise malade bloquée entre tradition et refus de la tradition. Les codes Yakuza explosent tout en restant dans la limite du cadre mafieux primaire: puisque la loyauté, la fierté et l’honneur ne sont plus des valeurs ancrées chez le yakuza, il ne subsiste que le désir du pouvoir et la cupidité.

Si ces valeurs sont absentes, les yakuzas sont alors enfermés dans un protocole sanguinaire: tuer pour avoir le pouvoir, tuer parce qu’on le demande, tuer pour survivre, ou être tué. La pyramide Yakuza n’a plus de fondements. L’ordre idéologique et hiérarchique n’existe plus que sur le papier: Chacun peut devenir le chef, même « un col blanc arriviste à la retraite qui n’a jamais fait de prison » dans Outrage Coda. L’absurdité va même plus loin. Dans son désir de destruction des codes, Takeshi Kitano pousse jusqu’au bout le raisonnement absurde du massacre. Lorsque le clan est quasiment intégralement décimé, le nouveau chef ne cache pas sa fierté d’être au pouvoir. En surface, sa fierté vient du fait qu’il détient le pouvoir. Mais il n’est plus que le chef d’un clan minable qui a perdu de sa puissance, profitant même du meurtre d’un de ses lieutenants pour s’approprier ses richesses. La trilogie s’achève sur un clan décimé, grandement affaibli, et ne pouvant survivre à la logique sanguinaire qu’impose le milieu Yakuza.

Takeshi Kitano y incarne Ôtomo, à la fois figure du dernier résistant parmi les Yakuzas dit traditionnels, à la marge, et figure d’ange destructeur. Kitano a toujours traité dans ses films ces personnages tiraillés entre schéma clanique et désir d’individualisme, que ce soit dans Violent Cop (1989), son premier film jusqu’à la trilogie Outrage (2010; 2012; 2017). Suivre un personnage sur trois film est une expérience qui n’existe nulle part autre dans la filmographie de Kitano, s’agissant de la première trilogie du réalisateur. On suit alors dans Outrage (2010) sa totale appartenance au schéma clanique, puis le doute de l’idée du clan esquissée vers la fin du film prolongée dans Outrage: Beyond (2012) jusqu’à une totale appartenance à la marge dans Outrage Coda (2017). Trois étapes fondamentales dans la progression de l’archétype du personnage Kitanien que sont la situation d’appartenance au clan, ensuite la remise en cause de celui-ci, et enfin la fuite. Là où dans Sonatine (1993) ces trois étapes se déroulaient au sein d’un même film, la trilogie nous offre un détail plus précis de celles-ci à travers le prisme d’Ôtomo sans jamais tomber dans l’écueil de la psychologisation.

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Roméo Calenda

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