Nine

2009 – USA / Italie
118' – 2,35:1 - Couleur - SDDS / DTS / Dolby Digital - 35mm / DCP
Réalisation : Rob Marshall
Scénario : Michael Tolkin, Anthony Minghella
Musique : Andrea Guerra
Image : Dion Beebe
Montage : Wyatt Smith, Claire Simpson
Production : The Weinstein Company et Lucamar Productions
Avec : Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard, Penélope Cruz, Sophia Loren, Nicole Kidman, Judi Dench, Kate Hudson...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0875034/

Fantasme fellinien ?

Nine, dix, onze… cent millions dollars. Quel est le prix pour faire l’exorcisme de fantasme de Fellini ? J’avoue que j’attendais la sortie de ce film depuis l’année dernière. C’était la liste des comédiens, le fantasme de Fellini, ou peut-être les deux… Je l’attendais comme un enfant qui attend ses cadeaux de Noël. Pourtant, au lieu de ma poupée de rêve j’ai reçu un vélo. Je n’avais pas d’illusions concernant le côté fellinien du film, néanmoins je ne pouvais pas accepter le fait que le réalisateur Rob Marshall ait transformé ce fantasme en monstre de nos cauchemars d’enfance. Dès le début du film on sent la grande distance entre l’esprit qui régit et Nine. Apparemment, ce n’est pas très juste de comparer deux films qui appartiennent à deux genres différents, pourtant on peut commenter l’esprit des films, leur ambiance et la mise en scène du même sujet. Les comédies musicales sont par définition un genre un peu plus « léger » qu’un drame existentiel, mais au moins elles peuvent avoir une valeur esthétique, ce qui n’est pas le cas pour Nine. On ne peut pas écarter la beauté des paysages italiens et la mode « cool » des années soixante qui submergent l’écran.

Pourtant, même si le but du réalisateur est de régaler les yeux, il lui manque une certaine classe. La classe dans tous les sens du terme. On regarde un film à gros budget, avec une distribution de vedettes hollywoodiennes et européennes, et malgré tout le résultat semble être bas de gamme! Les petits détails qui rendent le film presque énervant sont dûs au choix du réalisateur, comme par exemple donner à ses comédiens des accents spécifiques. Premier exemple : Penelope Cruz, une comédienne espagnole, parle en anglais avec un accent italien! Dois-je continuer? Il est vrai que donner aux comédiens des accents anglais pour démontrer le fait qu’ils ne sont pas d’origine américaine est une pratique hollywoodienne. Pourtant, selon moi, le résultat de cette pratique est toujours ridicule et dans Nine cela se vérifie encore une fois. Daniel Day Lewis, malgré ses efforts honnêtes dans le film pour être un réalisateur torturé, n’y arrive pas. Et ce n’est pas à cause de son talent incontestable. De plus, un autre choix de Rob Marshall montre que ce qui manque peut-être le plus dans ce film est le bon goût : il donne le rôle de la mère à Sophia Lauren et l’utilise comme une attraction touristique italienne. En effet, son rôle est de rester immobile sur l’écran comme une momie, sans expression et toujours dans une posture grandiose! La seule comédienne du groupe qui arrive à garder sa dignité artistique dans cette fête du kitch qui s’appelle Nine, est Marion Cotillard. Son acte musical est le seul qui arrive à nous faire plaisir et à nous transmettre les sentiments et la situation de son personnage, celle d’une femme humiliée et torturée par son mari et son mode de vie.

Revenons au sujet.Nine est un type de suite à ou plutôt sa version musicale. Elle était présentée pour la première fois à Broadway en 1982 et le créateur du musical a dit qu’en regardant le film de Fellini, il s’est identifié au personnage principale du film. Il a alors appelé sa pièce Nine puisque « si on ajoute de la musique à c’est un demi numéro de plus ». Je pense que Nine offre la fin hollywoodienne souhaitée, puisque le réalisateur arrive à finir son neuvième film, en échappant à sa crise de la quarantaine et en acquérant à nouveau sa clarté artistique. Je ne peux pas faire semblant : je suis choquée par cette fin puisqu’on l’attend dès qu’on entre dans la salle de cinéma. Je pense donc que c’est inutile et injuste de comparer les deux films au niveau de la profondeur d’exploration du sujet. Par contre, on peut toujours comparer la qualité esthétique de chacun. Nine est un film naïf, le réalisateur a fait un collage de numéros musicaux avec des pauses offertes par les scènes de dialogue même au niveau du montage. Il manque une cohérence artistique, une vision particulière. On pourrait imaginer Rob Marshall comme un enfant auquel on offre plusieurs jeux et qui ne peut pas décider quoi faire avec eux, alors il les met les uns à côté des autres.

Rob Marshall a une très grande expérience des comédies musicales, néanmoins même les numéros musicaux dans ce film semblent peu soignés. Ils nous rappellent des spectacles burlesques de bas niveau, même si, selon les entretiens des comédiens du film, ils ont fait de longues répétitions avant la réalisation.Souvent, les gens soutiennent que la fin du film peut l’élever ou le détruire. En ce qui concerne ce film, la séquence finale a couronné ce qu’on avait soupçonné dès la première séquence : Nine est une tentative ratée pour attirer les électeurs des prix cinématographiques. Il n’a rien gagné, il n’a réussi ni à donner à son réalisateur le prestige d’auteur souhaité, ni à faire plaisir au public qui voulait voir un film de vedettes et qui aime les comédies musicales, aux fans de Fellini ou aux critiques de films. La raison pour laquelle toutes ces tentatives sont ratées est qu’il n’y a pas une vision d’exécution bien précise, une contemplation artistique, on ne peut jamais faire plaisir à aucun public et le produit (ce mot est plus propre dans notre cas) ne peut achever aucun de ses buts. Pour ceux qui s’interrogent, la séquence finale montre le réalisateur avec son double plus jeune assis sur ses genoux, réalisant son neuvième film et à côté toutes les femmes de sa vie présentées comme une compagnie burlesque ou plutôt comme les finalistes d’un concours de beauté. Pour conclure, le demi numéro ajouté au titre du film de Fellini est l’addition des clichés cinématographiques, du kitsch, de la simplicité énervante et de la poudre d’or hollywoodienne qui, dans ce cas, ne donne pas la brillance exigée.

Ntaiana Kefalogianni

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