L’Echange

Changeling
2008 – USA
141' – 2,35:1 - N&B / Couleur - SDDS / DTS / Dolby Digital - 35mm / DCP
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : J. Michael Straczynski
Musique : Clint Eastwood
Image : Tom Stern
Montage : Joël Cox, Gary Roach
Production : Brian Grazer, Ron Howard, Rob Lorenz, Clint Eastwood
Avec : Angelina Jolie, John Malkovich, Michael Kelly, Jeffrey Donovan...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0824747/

L’équilibre des forces

L’Echange est le 29ème film de Clint Eastwood. Le cinéaste réalise un film fidèle à son genre de prédilection des dernières années : le film policier. Comme toujours, plus qu’un mystère à éclaircir, un drame humain est la source initiale de sa résolution. Clint ne met pas en scène des intrigues mais des personnalités. Le cœur de L’Echange n’est pas la disparition d’un enfant, mais la mère de cet enfant – Christin Collins – qui se bat sans vergogne pour résoudre cette tragique énigme. Ce que l’on voit, ce sont des qualités de courage et de ténacité. Le drame est le support de l’énergie combative de Christin.

Eastwood s’attache à décortiquer les émotions et les ressources que déploie cette mère-courage pour atteindre son objectif. C’est ainsi que l’on ne s’intéresse pas tant à la résolution du mystère qu’à attendre anxieusement les réactions de Christin face à l’acharnement du destin et des institutions qui n’abondent pas dans son sens.

Eastwood prend le parti de ne s’intéresser qu’aux motivations et aux états d’âme de Christin. Il nous présente une vision unilatérale de l’affaire. Pour preuve, nous ne commençons à voir le travail de la police que lorsqu’elle s’engage effectivement sur la bonne piste. Auparavant, aucune de ses investigations n’avaient été montrées. Cela commence dès l’instant où la police se rend au domicile de Christin pour prendre sa déposition : la caméra s’éloigne et l’on n’entend pas ce qu’ils se disent. Ce procédé tend à montrer que le cinéaste « ne donne pas la parole » à ces intervenants dans l’affaire de la disparition du jeune Walter.

Bien qu’il ait été reconnu que la police a très largement failli sur cette enquête, le film aurait gagné à montrer sa déroute de front et non à travers les yeux de Christin. N’oublions pas qu’il s’agit d’une mère qui a perdu son enfant et qu’elle est donc, par conséquent, extrêmement sensible et réceptive à tout ce qui se passe autour d’elle. Ses émotions sont décuplées. Nous n’apprenons les défaillances de la police que de la bouche de Christin. Pour un peu, il s’agirait d’un ennemi qui se cache pour nuire volontairement à cette femme. Eastwood glorifie son personnage principal (qui se bat pour une noble cause, reconnaissons-le), mais accentue la dichotomie du combat de manière flagrante et énervante. Parce que l’on ne voit que la lutte de Christin, elle est automatiquement dédouanée, voire même sanctifiée !

Aux côtés de Christin, se trouve le révérend Briegleb qui lui offre un soutien inébranlable et efficace pour secouer les équipes de police et dénoncer leurs abus. Plus qu’un pasteur, il incarne un ange gardien pour elle, la personne qui veille et se bat pour la protéger coûte que coûte. Il pourrait incarner le père de l’enfant tant il se bat avec force et conviction. La présence du pasteur équilibre le schéma familial bancal de Christin et son fils. On devine également que son patron pourrait effectivement devenir le père de substitution qui manque tant à Walter et ce mari qui accompagnerait Christin. Mais, hélas, l’absence de Walter maintient cette famille dans le déséquilibre.

L’équilibre est le mot pour définir L’Echange. Bien que sans père, la famille que constitue Christin avec son fils est solide. La maman existe pour et à travers son fils : il est sa raison de vivre et de se battre. Quand il disparait, la mère reste seule et la famille n’est plus. La police chargée de retrouver l’enfant, va tenter de reconstituer, par tous les moyens, cette famille éclatée, de réunir le Yin et le Yang. Mais, cette même police a, elle-aussi, un équilibre à maintenir. Elle doit garder la tête haute, se montrer compétente et surtout toute puissante face aux attentes de la population. Une lutte acharnée entre la police et Christin s’engage pour faire éclater la vérité et rééquilibrer les forces. Car il s’agit bien de forces mal déployées par la police.

Soutenue par un comité de plus en plus important, Christin est de plus en plus puissante face aux respectables institutions. L’enjeu du film se situe là, dans cet affrontement entre les forces reconnues « légales » et celles des engagements et des émotions de la population. Mais pas question de s’apitoyer sur la Maman qui a perdu son fiston : l’acharnement est le mot d’ordre. On assiste à tous les excès et à tous les combats jusqu’aux confins de l’horreur et de la barbarie.

Si les torts sont reconnus et le mystère – partiellement – élucidé, Eastwood n’offre pas de Happy-end au spectateur. Tout comme l’intrigue a dévié de l’enquête sur la disparition pour le combat de Christin, la fin si ce n’est heureuse, tout du moins soulageante, laisse un goût amer d’inachevé qui n’est pas pour déplaire. Le scénario s’équilibre en se consumant là où on ne l’attendait pas. Il y aura d’autres luttes incessantes, d’autres souffrances profondes et l’on attend de Clint Eastwood qu’il nous fasse encore découvrir et partager ces combats.

Marine Bénézech

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