Le Temps des amoureuses

2009 – France
83' – 1,66:1 - Couleur
Réalisation : Henri-François Imbert
Musique : Silvain Vanot
Image : Henri-François Imbert
Son : Henri-François Imbert
Montage son : Frédéric Maury
Mixage : Jean-François Terrien
Montage : Celine Tauss
Production : Libre Cours
Avec : Jean-Louis Damani, Hilaire Arasa, Fabienne Dorey, Aissa Ihamouine, Ernest Simo...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt1381118/

Bercé par la voix d’Henri-François Imbert, le spectateur entre progressivement dans l’univers ouaté du cinéaste. A bord d’une voiture conduite sur une route sinueuse, ce dernier nous raconte son histoire. Ici, pas de flash-back brumeux, le retour au passé se fait au présent, dans la réalité quotidienne. On nous raconte une histoire en cours de déroulement, commencée il y a déjà plusieurs années, qui prend corps au moment même où les images nous parviennent et qui, pour sûr, se poursuivra encore longtemps. Au-delà de sa propre expérience, c’est de Cinéma dont nous parle Henri-François Imbert. Marqué par Mes petites amoureuses de Jean Eustache, il a retrouvé tout à fait par hasard un des jeunes acteurs, Hilaire Arasa. C’est ainsi que guidé par la passion et par cet homme, le documentariste de No Pasaran (2003) revient sur les lieux du tournage – Narbonne – en quête de l’esprit de ce film particulier. Car il s’agit bien d’un esprit : il n’est pas question d’un making-of, mais de saisir ce qui a fait l’essence même du film d’Eustache.

Parce que rien ne peut être écrit à l’avance dans un travail d’investigation, Le temps des amoureuses est la résultante d’un travail long et instinctif. Saisissant au vol quelques images, des confidences, la caméra et le cadrage ne savent pas toujours où se positionner ; il n’est pas rare d’avoir un mur ou un barreau dans le champ. Cet aspect « pris sur le vif » peut réellement relever d’une esthétique propre au film. Pas une esthétique travaillée et calculée, mais inhérente au propos même du métrage : capter le passé partout où il déborde du présent. L’immédiateté ne prend pas la mesure d’une mise à l’écran propre.

La nostalgie est de courte durée, le temps a passé, les enfants se sont transformés en adultes. Il s’agit désormais de savoir qui ils sont devenus et ce qu’a provoqué dans leur vie l’intervention du cinéma. S’il est rapidement évident qu’Hilaire a été profondément influencé par cette expérience unique, nous ne connaissons rien des autres jeunes acteurs du film. Henri-François Imbert nous entraine dans sa quête. Les retrouvailles ne sont pas immédiates, piétinent même par moment. Ce temps suspendu est retranscrit par des « divagations ». Le cinéaste se détourne peu à peu de sa recherche initiale pour suivre le parcours d’Hilaire, sa vie, ses questionnements – cela sans jamais tomber dans un travers voyeuriste malsain. C’est pourquoi nous assistons aux répétitions et aux concerts de cet homme ; les séquences sont longues. L’ennui guette : le spectateur perd ses repères dans la trame scénaristique. La narration n’est pas dans une continuité logique, mais suit les tribulations de l’esprit. Il y a logiquement des moments d’égarement.

Les apartés font donc partie intégrante de cette œuvre originale d’Henri-François Imbert. Ce sont même eux qui amènent progressivement le film à changer d’objectif. Peu à peu, nous nous éloignons de Narbonne et de Jean Eustache pour nous préoccuper du sujet sociologique de Mes petites amoureuses ; c’est-à-dire la jeunesse. Hilaire est éducateur spécialisé, il connait les ressorts de l’enfance et les angoisses de l’adolescence et c’est cela que nous voyons dans ce film : comment la prime jeunesse est le vecteur indispensable et immuable de notre vie d’adulte. Le lien entre le retour sur le film d’Eustache et l’interrogation sur la jeunesse est finalement plus cohérent qu’il n’y parait. Tout a un sens dans la vie d’Hilaire, il y a trop de « coïncidences » pour que tout ne soit que hasard. Cet homme a une cinquantaine d’années, mais il est en connexion permanente avec les jeunes par son métier et par l’enthousiasme dont il fait preuve dans l’entreprise de ses projets. Un enthousiasme presque naïf mais décidément porteur d’énergie.

Le temps des amoureuses est inclassable : trop inspiré de la fiction pour être un documentaire, mais pas assez scénarisé pour être de la fiction. Mais est-ce bien nécessaire de classer ce film ? Il est indéniable que le cinéaste a profondément inscrit ses influences, ses sources d’inspiration dans son film, ce qui lui donne cette authenticité touchante. Le discours n’est pas linéaire et il est parfois difficile de se repérer dans la multiplicité des pistes réflexives qui sont lancées. Mais, c’est avec une grande humanité qu’Henri-François Imbert présente tous ces héros ordinaires dont les doutes et les désirs les angoissent autant qu’ils les guident : le rêve n’est pas extraordinaire, il est véridique.

Marine Bénézech

(Voir aussi l’entretien avec le réalisateur)

Les commentaires sont clos.