Je veux seulement que vous m’aimiez

Ich will doch nur, daß ihr mich liebt
1976 – Allemagne
104' – 1,37:1 - Couleur - Mono - 16mm
Réalisation : Rainer Werner Fassbinder
Scénario : Rainer Werner Fassbinder d'après le livre de Klaus Antes et Christiane Erhardt
Musique : Peer Raben
Image : Michael Ballhaus
Montage : Liesgret Schmitt-Klink
Production : Peter Märthesheimer
Avec : Vitus Zeplichal, Johanna Hofer, Elke Aberle, Alexander Allerson, Erni Mangold...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0074664

Sorti à la télévision allemande en 1976, Je veux seulement que vous m’aimiez n’arrive dans les salles françaises que 35 ans plus tard, après restauration.

Le personnage principal, Peter, un jeune homme faible et naïf comme de nombreux personnages de Fassbinder, est en prison. C’est en tout cas ce que nous disent les premières images silencieuses qui mettent immédiatement en place l’atmosphère pesante et mystérieuse qui règnera sur chacun des plans du film. Peter raconte son histoire, celle qui l’a mené jusque-là, à une femme qui lui pose quelques questions et attend patiemment ses réponses bégayées après de longs silences. Le spectateur apprend à la toute fin du film qu’elle écrit un livre. Ce livre existe : il s’agit de Perpétuité, les protocoles de la détention de Klaus Antes et Christiane Erhardt, l’étude psychiatrique sur laquelle est basé le film de Fassbinder.

On retrouve l’orientation psychologique dans les images du passé de Peter : un complexe d’Oedipe, un besoin constant de reconnaissance, d’amour, celui-là même qu’appelle le titre du film. Peter ne reçoit aucune preuve d’amour de ses parents malgré ses efforts répétés pour leur faire plaisir. Marié, il décide de prendre son indépendance, mais le schéma va se reproduire. Obsédé par les besoins imaginaires qu’il attribue à sa femme, et assujetti aux lois de la société de consommation, Peter va rentrer dans une spirale d’achats à crédit et d’heures supplémentaires dont il semble incapable de sortir. Le film insiste sur les relations que le jeune homme entretient avec ses parents et sa femme. Les bouquets de fleurs offerts systématiquement à sa mère et à son épouse relèvent presque du comique de répétition et symbolisent cette volonté maladive de plaire qui finit par faire perdre tout son sens à cette attention. Les bouquets se multiplient, se répandent dans le film, passent de mains en mains sans remerciements et n’atteignent presque jamais le vase auquel ils sont destinés.

La construction en flash-back permet à Fassbinder de briser la chronologie du film. Les séquences du passé sont marquées par les sensations et les souvenirs de Peter qui se remémore des instants de sa vie. Les scènes s’enchaînent grâce à des rapprochements, des similitudes et le spectateur est entraîné dans les soubresauts de la mémoire du personnage – mémoire qui joue des tours, qui fait défaut et qui pousse le spectateur dans des impasses en lui présentant des images fausses, troublées par les émotions du jeune homme. Des flashs du passage à l’acte, du geste extrême qui a conduit Peter en prison, viennent à plusieurs reprises entrecouper des images de vie quotidienne dans lesquelles cette violence est réprimée, refoulée mais effleure toujours à la surface. Les plans de visages coupés, cachés, barrés par des éléments du premier plan viennent témoigner de l’enfermement des corps et de l’impossibilité d’échapper.

La mise en scène tranchante de Je veux seulement que vous m’aimiez porte incontestablement la marque du génie de Fassbinder. C’est donc l’occasion de découvrir un « nouveau » film de ce grand maître du cinéma allemand, près de 30 ans après sa mort.

Véronique Buyer

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