Ils

2006 – France
78' – 2,35:1 - Couleur - Dolby Digital - DV (tournage) / 35mm (projection)
Réalisation : Xavier Palud, David Moreau
Scénario : Xavier Palud, David Moreau
Musique : René-Marc Bini
Image : René-Marc Bini
Montage : Nicolas Sarkissian
Production : Richard Grandpierre
Avec : Olivia Bonamy, Michaël Cohen...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0465203/

Voyage au bout de la nuit

« Réveille toi. J’ai entendu du bruit en bas… »

La forêt, l’isolement et la nuit. C’est à partir de ces peurs primales que les jeunes réalisateurs Xavier Palud et David Moreau décident de bâtir l’atmosphère de leur film. L’histoire est simple, le traitement également. Ils se définit comme une expérience minimaliste : avec peu de moyens, une caméra DV et deux personnages, les réalisateurs font le pari de nous tenir en haleine sur toute la durée de leur film. Ceci dès l’introduction, où les ténèbres, la pluie, le silence et le vide sont autant d’ingrédients pour nous inquiéter et nous faire perdre pied.

Construit en deux parties, Ils raconte l’emménagement d’un jeune couple dans une région boisée et désertique. D’abord propice à la « parlotte » et à la joie, l’aventure prend rapidement des teintes de silence et de cauchemar lorsque des intrus à l’identité mystérieuse surgissent en pleine nuit. A l’intérieur de cette maison devenue hantée, Palud et Moreau parviennent à créer une tension incroyable : en épousant le point de vue du couple, le spectateur, caché, observe avec lui ce qu’il se passe et se sent encerclé. Les ennemis restent invisibles et d’autant plus redoutables : leur menace fonctionne par le vacarme. L’atmosphère sonore, très travaillée est remplie de bruits divers mélangeants sifflets, bruits étranges et indéfinissables, dans le but de créer une ambiance des plus glaçantes. Une fois la lumière coupée, l’intimité et la sûreté de ce domicile se renversent brusquement au travers d‘un viol de l’espace mêlant à la fois oppression, affolement, et insécurité. Lorsqu’un personnage quitte une pièce barricadée, c’est sa vie qu’il met en jeu.

On glisse alors de l’intérieur de la maison vers l’extérieur pour rejoindre la forêt, le domaine de nos agresseurs. A partir de là, il n’y a plus d’échappatoire possible, les protagonistes courent à leur perte dans les ténèbres, aveuglement. De plus : le mystère sur l’identité des tueurs comme de leur motif reste toujours inviolé. Mais leur présence est à chaque fois soulignée, il est impossible de se sentir tranquille : on entend leurs pas, on observe la lumière de leurs lampes, on remarque leur silhouette…

Le fond épouse merveilleusement la forme : le format DV donne un côté réaliste qui colle parfaitement au sujet (inspiré d’une histoire vraie). La photographie très travaillée et stylisée donne au film une image proche du noir et blanc, renforçant le côté lugubre de son histoire. L’originalité rejoint l’horrifique dans un dernier retour au renfermé, tel un piège, avec la traversée de catacombes / égouts abandonnés : on ne se sentira jamais aussi seuls et vulnérables que dans ces séquences claustrophobiques.

Enfin, le réalisateur clôt son film dans un dernier plan révélateur d’une beauté et d’une cruauté à nous donner des frissons. Toute la dureté de Ils vient de ce que le malheur se déroule dans l’ombre, caché aux yeux du jour, à deux pas du monde et d’une aide extérieure.

Ils est un thriller horrifique, angoissant et superbement mené.

Julien C.

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