Carré 35

2017 – France
67' – Couleur - 1,85:1 - DCP
Réalisation : Éric Caravaca
Scénario : Éric Caravaca, Arnaud Cathrine
Musique : Florent Marchet
Image : Jerzy Palacz
Montage : Simon Jacquet
Production : Laetitia Gonzalez, Yaël Fogiel
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt6832776/

Dans le cimetière français de Casablanca, le panneau du carré 35 a disparu. Le carré 35 est manquant. C’est cette parcelle du cimetière qui est sensée abriter le caveau de la sœur d’Eric Caravaca. Une sœur qu’il n’a pas connue, partie prématurément (à 6 ans apprendra-t-on) et dont sa mère a longtemps caché l’existence. Le film pose d’emblée le mensonge familial à travers la dissimulation d’un passé qu’il n’est visiblement pas utile de faire ressurgir, blessant tous ceux qui le concernent.

Les mots pour l’évoquer et les images pour donner un visage au fantôme manquent. C’est là l’enjeu de la quête de son auteur, trouver les mots, parmi ses proches, parmi ceux qui étaient là et ont connu l’enfant de son vivant, et les images qui permettront de rétablir la vérité. Retrouver l’image manquante. Dans son processus, il interroge notamment sa mère, sa tante, son frère, associe au montage les films de famille en super 8 de la vie passé au Maroc avec des prises de vues au présent, en numérique, des lieux liés à cette histoire. La maison familiale, une plage de Casablanca, la mer Méditerranée, d’anciens bains publics. Sur chacun de ces plans, une idée s’incarne, celle d’un effacement, d’une altération. La brume brouille la vision de la plage, altère et efface la profondeur de champ. Les plans sur la mer en pleine traversée met en exergue le mouvement des vagues et la houle qui traversent en diagonale l’écran, comme un effacement, un passage d’une vision à une autre, d’une couleur à une autre. Les murs des bains témoignent du passage du temps. Des murs désaturés, délabrés sur lesquels on lit l’inscription « It’s all about memories ». Il est toujours question d’une mémoire qui tend à s’effacer. Le cinéma permet alors de conserver une part de cette mémoire. Il permet de restituer les souvenirs, de « faire revivre » le temps d’un instant, celui de la projection, les visages, les formes et les couleurs du passé. Par un hasard étonnant, le numéro du carré 35 renvoie lui-même à l’essence du cinéma, la pellicule 35 mm. Une image elle aussi de plus en plus manquante et vouée peut-être à disparaître.

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Jean-Baptiste Heimburger

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