Avoda

Avodah
1935 – Israël / Palestine
47' – 1,37:1 - N&B - Mono - 35mm
Réalisation : Helmer Lerski
Scénario : Helmer Lerski
Musique : Paul Dessau
Image : Helmer Lerski
Son : Gerhard Goldbaum, Ferenc Lohr
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0026090/

Avoda, « labeur » en hébreu, retrace l’installation des juifs en diaspora sur le territoire d’Israël. Le film commence d’ailleurs ainsi : on observe des terrains nus puis la caméra suit des jambes, des pieds qui avancent et traversent ces terres vierges. Figure biblique par excellence, le désert sert d’ancrage à l’œuvre d’Helmar Lerski. Les pionniers israéliens s’installent, découvrent la Terre Promise, l’enrichissent de leurs savoir-faire et de leur technicité moderne. Dans cette perspective, Avoda s’inscrit typiquement dans la lignée du Réalisme Socialiste Israélien dont la caractéristique première est de valoriser le travail des hommes et de glorifier les territoires. Mais par ailleurs, ce long-métrage s’éloigne de ce cinéma de propagande. Alors qu’à l’image d’une représentation marxiste du labeur, le réalisme sioniste s’attache à multiplier les plans d’ensemble pour promouvoir la collectivité, Avoda se concentre sur l’expression des visages. Les gros plans sont ainsi fréquent ; d’autant que le cinéaste, photographe de profession a comme leitmotiv artistique, les expressions faciales. L’individu en tant qu’unité existe bel et bien. Il ne s’agit pas là de sublimer le collectif mais de valoriser les talents de tous pour le bien commun. Helmar Lerski présente Israël comme la résultante (en construction car le film date de 1935) des implications personnelles de chacun.

L’endurance, le courage partagé comme logique fédératrice de ces individus peuvent être perçus à plusieurs égards : Israël est un pays où l’été dure neuf mois. L’aridité est une constante climatologique. L’eau est une denrée précieuse et celle-ci est littéralement magnifiée. Les puits sont la plus grande préoccupation des hommes et lorsque l’eau, puissante et nourricière, jaillit, celle-ci devient omniprésente les visages s’éclairent : la vie est assurée, Israël a un avenir. Le travail commun a payé.

Voir Avoda à l’heure actuelle nous fait également ressentir la violence du conflit-israélo-palestinien actuel et nous en présente en même temps, les prémices : les juifs venus s’installer sur cette terre cherchaient une terre d’accueil, leur terre d’exil. Mais on remarque qu’Helmar Lerski ne montre pas d’arabes alors qu’il est évident que les colons sont sur leur territoire. Les quelques plans que l’on voit d’eux, les présentent sous un jour « exotique », quelques secondes, sous un chapeau, au soleil. La présence de ces hommes semble anecdotique, leur présence est niée. La force d’Avoda réside ainsi dans sa capacité à transmettre toutes les idées politiques d’une région dans un langage purement visuel.

Marine Bénézech

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