Seconds : L’opération diabolique

Seconds
1966 – USA
100' – 1,85:1 - N&B - Mono - 35mm
Date de sortie USA : 5 octobre 1966
Date de sortie France : 12 avril 1967
Réalisation : John Frankenheimer
Scénario : Lewis John Carlino
Musique : Jerry Goldsmith
Image : James Wong Howe
Avec : Rock Hudson, John Randolph, Salome Jens, Richard Anderson...
Fiche Imdb : https://www.imdb.com/title/tt0060955/
Projection au ciné-club le 27/02/2019

Dans Seconds, la métamorphose physique se traduit, littéralement, par un véritable changement de tête. Suite à une opération chirurgicale quasiment surréaliste, le fonctionnaire new-yorkais au physique ingrat Arthur Hamilton se transforme en un bel artiste nommé Tony Wilson, faisant ainsi table rase d’un passé de frustration et s’exilant pour une vie d’hédonisme sur la côté ouest.

Ce film questionne la phrase désormais célèbre de Francis Scott Fitzgerald dans Gatsby le Magnifique, « il n’y a pas de deuxième chance dans une vie américaine ». C’est non seulement le propos du film mais cela aurait pu être son destin. Passé inaperçu à sa sortie, malgré sa sélection en compétition officielle au Festival de Cannes 1966, il aura fallu attendre 2014 pour que le film soit redécouvert en France et considéré comme un reflet difforme de sa société mais pas moins pertinent.

Chez Frankenheimer, la métamorphose prend des contours horrifiques dès le générique vertigineux réalisé par le designer Saul Bass. Cette idée d’inadaptation sociale et de déformation de la réalité est amplifiée par les focales délirantes du chef-opérateur James Wong Howe et la musique dissonante de Jerry Goldsmith. L’inventivité formelle de son réalisateur tend à façonner un cauchemar éveillé, notamment par le biais d’une scène mémorable d’orgie bachique d’une noirceur insoupçonnée. Le récit de Seconds prend par la même une dimension fantastique en traitant de la cruauté inéluctable du monde moderne. La schizophrénie latente du personnage représente dès lors celle d’une Amérique fracturée et l’impossibilité de toute métamorphose individuelle profonde face à un pays structurellement réactionnaire et paranoïaque.

Loris Dru Lombroso

Les commentaires sont clos.