Les Mystères du château du Dé / Brumes d’automne / La Glace à trois faces

Les Mystères du château du Dé
1929 – France
25′ – N&B – Sonore
Réalisation : Man Ray
Avec : Man Ray, Jacques-André Boiffard, Charles et Marie-Laure de Noailles, le comte de Beaumont, Alice de Montgomery, Eveline Orlowska, Bernard Deshoulières, Lily Pastré, Marcel Raval, Henri d’Ursel…
Brumes d’automne
1928 – France
12′ – N&B – Sonore
Réalisation : Dimitri Kirsanoff
Photographie : Jean de Miéville (intérieurs), Dimitri Kirsanoff (extérieurs)
Musique : Paul Devred
Avec : Nadia Sibirskaia
La Glace à trois faces
1937 – France
39′ – N&B – Silencieux
Réalisation : Jean Epstein
Scénario : Jean Epstein, d’après la nouvelle éponyme de Paul Morand, extraite du recueil L’Europe galante
Image : Marcel Eywinger
Avec : René Ferté : lui, Jeanne Helbling : Lucie, Suzy Pierson : Athalia, Olga Day : Pearl, Raymond Guérin-Catelain : le soupirant, Paul Garat
Projection au ciné-club le 04/11/2020 à 12h sur le site de la BU et disponible pour 24h : https://www.vod-paris8.medialib.tv 

Claire Mercier entreprend dans sa thèse un rapprochement étonnant entre les Mystères du château du Dé de Man Ray et la tradition de la fable, livrant du film un plan plutôt qu’un scénario qu’il n’a du reste jamais eu. Cette fabulation telle qu’elle la qualifie, est le moyen par lequel, selon sa belle expression, Man Ray « aventure la fiction cinématographique », expérimentant les limites de la cinéfable. Ainsi, les personnages, cagoulés de bas de soie, ont cessé d’en être et empruntent autant à un hypothétique futur qu’à un passé mytho-logique. L’intrigue s’est absentée du film. Toute action s’y joue au hasard, sur un coup de dés. La formule de Mallarmé1MALLARMÉ Stéphane, Un coup de dés, Poésie, Gallimard, Paris, 1914, pp. 426-427, omniprésente, sied parfaitement au mode improvisé du film et plus généralement à la création selon Man Ray. Les actants batifolent dans la « piscinéma » et s’adonnent à une gymnastique surannée, « éloge à une activité improductive », une « jouissance ludique » alors réservée à l’aristocratie et aux artistes. La caméra, tantôt subjective, tantôt objective, ne nous aide pas à comprendre en quelle méditation se transforme l’initial et romanesque récit de voyage, qui finit par prendre place dans un château cubiste — en réalité la villa ultramoderne de Mallet-Stevens à Hyères, propriété de Charles de Noailles, mécène du film…

Man Ray rédige pour ce film « un « simple avant projet », canevas basé sur une analogie entre la géométrie des espaces architecturaux et le poème de Mallarmé »2BOUHOURS Jean-Michel, « La légende du château du Dé », Man Ray, directeur du mauvais movies, Jean-Michel Bouhours et Patrick de Haas (dir.), éd. du Centre Pompidou, Paris, 1997, p. 92. Il faut dire que les rapports de l’avant-garde avec le scénario sont pour l’essentiel contrariés, voire franchement hostiles à une époque où comme le déclare Fernand Léger : « l’erreur de la peinture c’est le sujet, l’erreur du cinéma c’est le scénario » ; raison pour laquelle des formes multiples vont dans ce cadre voir le jour, et déjà indiquer à la jeune pratique du cinéma d’autres voies possibles.

C’est particulièrement vrai de la mouvance dite impressionniste, et des deux films qui accompagnent Les Mystères. Dimitri Kirsanoff tente, par une forme libre, de rendre le désespoir et la nostalgie d’un amour qui prend fin, quand Jean Epstein, scénarisant pour l’écran une nouvelle de Paul Morand, magnifie, notamment, la fascination de son époque pour la vitesse. Ici et là, l’expérimentation et la photo-génie, l’art de faire apparaître les « êtres et les choses » dans la lumière, ne cèdent rien au récit..

Grégoire Quenault

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