Les Dites Cariatides / Le Regard d’Ulysse / Brutalité dans la pierre

Les Dites Cariatides
1984 – France
13′ – Couleur – Sonore
Réalisation : Agnès Varda
Brutalité dans la pierre (Brutalität in Stein)
1960 – République Fédérale d’Allemagne
12′ – Couleur – Sonore
Réalisation : Alexander Kluge & Peter Schamoni
Le Regard d'Ulysse (To vlemma tou Odyssea)
1995 – Grèce, France, Italie
176' – 1.66:1 - N&B et Couleur - Dolby Digital - 35mm
Date de sortie France : 13 septembre 1995
Réalisation : Theo Angelopoulos
Scénario : Theo Angelopoulos, Tonino Guerra, Petros Markaris
Musique : Eleni Karaindrou
Image : Yorgos Arvanitis, Andreas Sinanos
Avec : Harvey Keitel, Maia Morgenstern, Erland Josephson, Thanassis Vengos, Yorgos Michalakopoulos, Dora Volanaki...
Fiche Imdb : https://www.imdb.com/title/tt0114863/
Projection au ciné-club le 10/03/2021

« La statue, avant de s‘inscrire dans le devenir et même de le matérialiser, est d‘abord arrêtée et triomphale. […] À l’inverse, le cinématographe semble nous précipiter essentiellement dans le mûrissement »1MERCIER Claire, La cinéfable, entre drame et récit, L’Harmattan, Paris, 2017, pp. 96-97. Dès lors, que se passe-t-il lorsque l’architecture – figurative ou non – est prise comme objet par le cinéma ? Lorsque ce qui existait sous une apparence figée, supposément intemporelle, se voit soudain doté d’une durée, à raison de vingt-quatre reproductions par seconde ?

Mécaniquement, la caméra étire l’immuable, multiplie l’indivisible sans lui ôter son unicité, pour finalement révéler un temps paradoxal qui, tout à la fois, s‘arrête et se projette. La statue de Lénine, charriée par les flots dans Le Regard d’Ulysse de Theo Angelópoulos (1995), devient ainsi le point d’incarnation à l‘écran d‘une ère politique finissante, quittant l‘horizon du présent à mesure que le bloc immaculé dérive dans le cadre. Synthèse des arts du temps et de l’espace, le cinéma libère la mémoire de la matière, à l’image des travellings de Brutalité dans la pierre (Alexander Kluge, Peter Schamoni, 1960) longeant les arêtes martiales des constructions nazies pour raviver les fantômes de la déportation. Mais filmer l‘inerte peut aussi donner lieu à la résurgence d‘une sensualité évanouie ou insoupçonnée, en témoignent les gracieux mouvements d’appareils qu’effectue Agnès Varda le long des corps, fiers et forts, de ces Dites cariatides (1984). Là où l’architecture s’appréhende d’abord avec recul, en nu intégral, le cinéma, lui, procède par effeuillage pour retrouver dans l’inanimé un éros parfois douloureux.

Nicolas Métayer

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