Le Fond de l’air est rouge

Scènes de la Troisième Guerre mondiale (1967-1977)
1977 – France
181' – N&B et Couleur - Mono - 35mm
Date de sortie France : 23 novembre 1977
Réalisation : Chris Marker
Scénario : Chris Marker
Musique : Luciano Berio
Voix : Simone Signoret, Yves Montand, Jorge Semprún, François Périer, Davos Hanich, François Maspero, Jean-Claude Dauphin...
Avec : (images d’archives) : Fidel Castro, Salvador Allende, Giangiacomo Feltrinelli…
Fiche Imdb : https://www.imdb.com/title/tt0076042/
Projection au ciné-club le 24/03/2021

« Le cinéma a la passion du mouvement et non celle du format »1MERCIER Claire, La cinéfable, entre drame et récit, L’Harmattan, Paris, 2017, p. 86, écrit Claire Mercier, se désolant de ce que la logique utilitariste du capitalisme ait mis au pas le scénario, l’ait vidé de son « dynamisme de  structure  morphologique »  pour  le réduire à une marchandise, à une grammaire. Elle rejoint Pasolini, pour qui la volonté révolutionnaire doit concerner tout système politique ou formel : « Qu’un individu,  en  tant  qu’auteur,  réagisse  contre le système et en construise un autre, voilà qui me semble simple et naturel; de même pour les hommes, qui, en tant qu’auteurs d’Histoire, réagissent à la structure  sociale  et en construisent une autre, à travers la révolution, c’est-à-dire par la volonté de transformer la structure »2Ibid., p. 85.

Le Fond de l’air est rouge explicite le  réveil du sentiment révolutionnaire d’après-guerre et ses développements polyphoniques,  de  l’avènement  du  maoïsme à la Guerre du Vietnam, de la Révolution  cubaine  à  la  diffusion  du  principe de Guérilla, de la mort du Che à la répression des multiples soulèvements de la jeunesse, aux Etats-Unis, en Amérique latine, au Japon, en Europe et en France au cours des années 1967-1968, et du printemps de Prague au renversement de Salvador Allende. Y apparaissent les discours et les symboles, et s’y téléscopent les rhétoriques du pouvoir, celles de l’impérialisme ou du conservatisme ordinaire et celles de la lutte, les aspirations finalement contradictoires de la jeunesse et du monde ouvrier, des forces sociales et des appareils politiques et syndicaux, jusqu’à la convergence vers le « Programme commun ».

Si  «  tous  ont  échoué  sur  les  terrains  qu’ils avaient choisis. C’est quand même leur passage qui a le plus profondément marqué les données politiques de notre temps »3MARKER Chris, Le fond de l’air est rouge, scènes de la troisième guerre mondiale, texte et description d’un film de Chris Marker, coll. Voix, éd. Iskra et François Maspero, Paris, 1978, 4ème de couverture, écrira Chris Marker. Présentant son film comme dialectique, ce dernier écrit encore « j’ai essayé pour une fois (ayant en mon temps passablement abusé de l’exercice du pouvoir par le commen-taire-dirigeant) de rendre au spectateur, par le montage, « son » commentaire, c’est-à-dire son pouvoir »4Ibid., p. 7.

Grégoire Quenault

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