Esther Kahn

2000 – Royaume-Uni, France
142' –
Date de sortie France : 4 octobre 2000
Réalisation : Arnaud Desplechin
Scénario : Emmanuel Bourdieu, Arnaud Desplechin, Claire Mercier ; d’après une nouvelle d’Arthur Symons (1905)
Musique : Howard Shore
Image : Éric Gautier
Avec : Summer Phoenix, Ian Holm, Fabrice Desplechin, Emmanuelle Devos, Frances Barber, László Szabó, Paul Ritter…
Fiche Imdb : https://www.imdb.com/title/tt0183056/
Projection au ciné-club le 31/03/2021

Esther Kahn est un film anglais réalisé en 2000 par Arnaud Desplechin, auquel contribue Claire Mercier au début de la gestation du projet. Claire Mercier écrit (pour d’autres films) : « « L’entrée de la jeune femme dans la vie » ou la fable cinématographique n’est-elle pas celle qui (nous) introduit dans le devenir »1MERCIER Claire, La cinéfable, entre drame et récit, L’Harmattan, Paris, 2017, p. 99. Le « devenir » des personnages sur lequel s’étend Claire Mercier dans son ouvrage sur la ciné-fable est parfaitement incarné par le film Esther Kahn.

Pour Claire Mercier, cette dimension de la fable cinématographique est un « mouvement du disparaître immédiat de l’un dans l’autre »2Ibid., p. 100. La jeune Esther, timide et mesquine, semble souffrir d’alexithymie puisqu’elle ne réussit à éprouver de sentiments pour personne. Elle parvient pourtant à poursuivre son rêve et entame une carrière de comédienne. Malgré de belles performances dans de petits rôles au théâtre, elle ne tarde pas à être handicapée par un réservoir absent d’émotions. Un vieil acteur la pousse à s’ouvrir à l’amour et à fréquenter un homme. Elle comble finalement ses manques dans les puissances de la jalousie et de la haine après la trahison de son amant. Comme le souligne Claire Mercier, « la découverte effective du devenir passe par celle du sexe, de la sexualité, du contact avec l’autre, par la confusion des sexes »3Idem. La métamorphose a effectivement lieu. Esther, à la suite de cette expérience douloureuse se mue en une comédienne qui vit du « réel » au lieu de l’imiter au théâtre. La puissance des sentiments fait d’elle, à mesure qu’elle joue désormais avec ses tripes, une révélation pour le Londres de la fin du XIXème siècle et un sujet anéanti.

Hui-Ju Wang

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