Les Petites marguerites

Sedmikrásky
1966 – Tchécoslovaquie
74' – 1,37:1 - Mono - Couleur - 35mm
Date de sortie Tchécoslovaquie : 30 décembre 1966
Date de sortie France : 15 novembre 1967
Réalisation : Vera Chytilová
Scénario : Vera Chytilová, Ester Krumbachová et Pavel Jurácek
Musique : Jirí Slitr, Jirí Sust
Image : Jaroslav Kucera
Avec : Jitka Cerhová, Ivana Karbanová, Julius Albert, Marie Cesková, Jan Klusák, Yvana Myskova, Marcela Brezinova
Fiche Imdb : https://www.imdb.com/title/tt0060959/
Projection au ciné-club le 04/12/2019

Un an avant Les Petites marguerites, Vera Chytilová participe au film collectif Les Petites perles au fond de l’eau, manifeste de la Nouvelle Vague tchèque, signé par des cinéastes en quête d’une nouvelle forme d’expression. Mais lorsqu’elle réalise en 1966 ses Marguerites, elle devient à la fois la figure centrale d’un nouveau cinéma et une pionnière inclassable, radicalement éloignée du style réaliste de ses confrères. Son film, tour de force expérimental et grand geste féministe, fait l’effet d’une bombe. Il échappe à la censure, bénéficie finalement d’une distribution confidentielle en République Tchèque et obtient une certaine reconnaissance à l’international, avant d’être redécouvert en 2013 à l’occasion d’une restauration et d’une ressortie.

L’argument tient à un fil : deux jeunes femmes, Marie 1 et Marie 2, s’ennuient ferme, et dynamitent minutieusement le petit monde qui les entoure.

Maîtresses de leur corps, les héroïnes de Chytilová sont le fruit d’un cri de révolte, d’un désir de faire voler en éclat les carcans. Grande bouffe avant l’heure, Les Petites marguerites est un film de dévoration, où la narration n’est plus : les jeunes femmes s’empiffrent, gaspillent, jettent, écrasent, bricolent un quotidien pour lutter contre l’ennui, de la ville à la campagne et de la campagne à la ville, à l’image d’un montage saccadé qui fait s’articuler entre eux une infinité de régimes d’images, de rythmes, de couleurs, comme des pièces de puzzle éparpillées. La jouissance y est anxiogène et mortifère, la chair et la chère sont tristes, mais Chytilová assène ses audaces esthétiques et son message anti-autoritaire avec une frénésie joyeuse.

Hugo Delor

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