Les Damnés

La caduta degli dei / Götterdämmerung
1969 – Italie / Allemagne de l'Ouest
156' – 1,66:1 - Mono - Couleur - 35mm
Date de sortie Italie / Allemagne de l'Ouest : 16 octobre 1969
Date de sortie France : 18 février 1970
Réalisation : Luchino Visconti
Scénario : Nicola Badalucco, Enrico Medioli, Luchino Visconti
Musique : Maurice Jarre
Image : Armando Nannuzzi, Pasqualino De Santis
Avec : Dirk Bogarde, Ingrid Thulin, Helmut Griem, Helmut Berger, Renaud Verley, Umberto Orsini, Charlotte Rampling...
Fiche Imdb : https://www.imdb.com/title/tt0064118/
Projection au ciné-club le 16/10/2019

La production cinématographique de Visconti a finalement fini par révéler les deux âmes de leur auteur, antagoniques : le Visconti des années 1940, néoréaliste et gauchiste ; le Visconti des années 1960, plus décadent, celui des mises en scène spectaculaires et tragiques, des drames familiaux. Cependant, la perspective historique est demeurée un élément essentiel, traversant toute sa filmographie. Influencée par le mélodrame wagnérien, elle devient l’élément central du premier film de la trilogie Allemagne, Les Damnés (1969), une « bande de Moebius où l’Histoire et la Grande Famille se changent à l’infini ».1EIZYKMAN Claudine, La jouissance-cinéma, Paris, Inédit, 1976, p. 55

À l’origine, il y a la volonté du réalisateur de traiter de crimes encore impunis de l’Histoire récente, ceux de l’Allemagne nazie, à travers une famille, les Essenbeck2Équivalent explicite mais jamais déclaré de la famille Krupp, représentant les instincts les plus bas de la société. Les sources historiques, les souvenirs (Visconti était en Allemagne pendant « La nuit des longs couteaux », scène centrale du film) et les références littéraires et artistiques, ont donné naissance à cette sorte de tragédie de Macbeth, incomprise par la critique de l’époque. Bien que Les Damnés soit aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre, Visconti a été accusé à plusieurs reprises de n’avoir pas été capable de raconter en profondeur les événements historiques.3BADALUCCO Nicola, MEDIOLI Enrico, L’Avant-scène Cinéma – Les Damnés, Paris, 2001, p. 123

Au contraire, pour Claudine Eizykman, dans le film de Luchino Visconti, Histoire et narration sont cousues ensemble, constituant un unicum où la seconde finit par absorber la première. Cette configuration permet à l’ensemble des énergies constitutives du film de converger vers un lieu unique, homogène, celui de la scène mythique. Plus largement, pour elle, ce rapport de subordination fait des Damnés le film canonique du cinéma traditionnel, cinéma qu’elle définit comme Narratif, Représentatif et Industriel.

Vanessa Mangiavacca

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