La Saveur de la pastèque

Tian bian yi duo yun
2005 – Taiwan
114' – 1,85:1 - Couleur - Dolby Digital - 35mm
Date de sortie Taiwan : 18 mars 2005
Date de sortie France : 30 novembre 2005
Réalisation : Tsai Ming-Liang
Scénario : Tsai Ming-Liang
Image : Lia Pen-Jung
Avec : Lee Kang-Sheng, Chen Shiang-Chyi, Lu Yi-Ching, Yang Kuei-Mei, Sumomo Yozakura...
Fiche Imdb : https://www.imdb.com/title/tt0445760/
Projection au ciné-club le 04/03/2020

Un immeuble insalubre, des solitudes qui se croisent, une période de sécheresse et, pour y remédier, du jus de pastèque. On est bien chez Tsai Ming-Liang, qui déploie dans La Saveur de la pastèque les obsessions et le minimalisme qui lui sont propres, dans un nouveau mélange des genres. À l’argument quasi-apocalyptique et aux séquences de comédie musicale kitschissimes s’ajoute une variation pornographique : dans un appartement de cet immeuble désert, on tourne un film X.

Récompensé de deux prix à la Berlinale en 2005, le film ne tarde pas à se faire connaître à Taïwan. Miraculeusement épargné par la censure, il devient dans son pays le plus gros succès depuis quinze ans pour un film d’art et essai taïwanais, interrogeant instantanément les frontières entre l’art et le porno.

Le spectateur est amené à voir la pornographie et l’acte sexuel dans ce qu’ils ont de plus désincarné : dans cet appartement où des acteurs jouent à jouir, le sexe est destiné à la pure consommation, et la chair rouge et juteuse de la pastèque est le substitut à tous les manques, à toutes les frustrations. La Saveur de la pastèque est avant tout un grand manifeste de la séparation du corps et de l’âme et, dans un final aussi théorique que viscéral, l’amour semble tenir tête au traumatisme de la jouissance.

Si l’expérience cinématographique, comme le pensait Claudine Eizykman, doit être une épreuve dont on sort saisi, perforé, déplacé, alors La Saveur de la pastèque agit bel et bien comme une décharge : c’est un choc et une libération.

Hugo Delor

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