Résistance de l’objet

Un repas fantastique
1900 – France
2′ – N&B – Muet
Réalisation : Georges Méliès
Un homme pressé
1900 – France
2′ – N&B – Muet
Réalisation : Georges Méliès
L’Auberge de bon repos
1900 – France
2′ – N&B – Muet
Réalisation : Georges Méliès
The haunted hotel
1907 – USA
2′ – N&B – Sonore
Réalisation : James Stuart Blackton
Discours de bienvenue (Opening speech)
1960 – Canada
7′ – N&B – Sonore
Réalisation : Norman McLaren
L’Appartement (Byt)
1968 – Tchécoslovaquie
13′ – N&B – Sonore
Réalisation : Jan Svankmajer
Breakfast (Table Top Dolly)
1972 – Canada
15′ – Couleur – Sonore
Réalisation : Michael Snow
Wallace et Gromit : Un mauvais pantalon (Wallace and Gromit : The Wrong Trousers)
1994 – Royaume-Uni
29′ – Couleur – Sonore
Réalisation : Nick Park
Projection au ciné-club le 16/11/2016

« Animer », c’est donner une âme (anima). En donnant le mouvement aux objets, l’animateur leur insuffle la vie.

Il est donc naturel que ces objets vivants se dégourdissent de leur passivité et résistent à leurs maîtres. Que ce soit pour des raisons concrètes (l’ivresse dans L’auberge de bon repos) ou obscures comme lorsque le micro de McLaren boude ses interventions, la résistance d’un objet représente un dysfonctionnement global du monde où tous les repères s’écroulent. La révolte se foca­lise contre une figure humaine que l’on peut identifier comme l’animateur lui-même (de façon explicite, ou détournée), dont le travail artisanal sur la matière du film (les objets) est tou­jours revendiqué (animation saccadée, jumpcuts). En cela, la figuration de la résistance des objets semble liée aux débuts du cinématographe, lorsqu’il était encore un objet mécanique à apprivoiser.

Méliès raconte : « Un blocage de l’appareil (. . .) produisit un effet inattendu, un jour que je photographiais pro­saïquement la place de l’Opéra : une minute fut nécessaire pour débloquer la pellicule et remettre l’appareil en marche » (1). De cet incident est né « l’arrêt caméra », soit le principe de montage, que le ciné-magicien utilise comme premier truc pour donner la vie aux objets. Celle-là même que l’on retrouve dans la pixilation ou le stop-motion des films plus récents, et que Svankmajer désigne comme une « réanimation ». Méliès insiste « Ne te sers pas des objets pour raconter tes histoires, mais ra­conte les leurs » (2). Ainsi les objets parviennent à s’imposer : lorsque celui-ci filme la place de l’Opéra, n’est-il pas victime de la première résistance d’un objet au cinéma : la caméra ?

Cassandre Marie Valfort
(1) MÉLIÈS Georges« Les Vues Cinématographiques». ln BANDA Daniel, MOURE José, Le cinéma : naissance d’un art, Paris, Éditions Flammarion, 2008. p.105
(2) SVANKMAJER Jan (trad. PRAVDOVA Anna) « Décalogue». ln VIMENET Pascal, Svankmajer E&J : bouche à bouche, Montreuil, Éditions De l’Œil, 2002. pp.133-134

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