Visions surréalistes

Anemic Cinema
1925 – France
6′ – N&B – Muet
Réalisation : Marcel Duchamp
Assistance technique : Man Ray, Marc Allégret
La coquille et le clergyman
1928 – France
44′ – 1,33:1 – N&B
Réalisation : Germain Dulac
Scénario : Antonin Artaud
Image : Paul Parguel, Paul Guichard
Avec : Alex Allin, Génica
Un Chien andalou
1928 – France
17′ – N&B – Sonore
Réalisation : Luis Buñuel
Scénario :Luis Buñuel, Salvador Dali
Musique : Richard Wagner
Image : Albert Duverger
Avec : Pierre Batcheff, Simone Mareuil, Jaume Miravitlles
Projection au ciné-club le 24/02/2016

André Breton définit le surréalisme comme un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de tout autre manière, le fonctionnement réel de la pensée » (1).

Artistes avant-gardistes, Marcel Duchamp et Luis Buñuel vont initier ce mouvement au septième art et influencer toute une génération d’artistes.

Anemic cinema « [bouscule] les règles et [fait] du cinéma une expérience hypnotique » (2). A travers son unique film, Marcel Duchamp évite toutes « relations texte-image » en expérimentant un nouvel élément : le rotorelief. L’alternance des disques optiques et de contrepèteries en spirales, nous emporte dans le mouvement rotatif, répétitif et hypnotisant des objets et du langage.

Alors qu’Anemic cinema « provoque, à évoquer l’espace d’un monde diégétique qu’il refuse de montrer » (3) Un chien andalou, quant à lui, ne s’en prive pas. Luis Buñuel et Salvador Dali entreprennent de réaliser un film en partant de leurs propres rêves. « Dali et moi choisissions les gags, les objets qui nous venaient à l’esprit, et nous rejetions impitoyablement tout ce qui pouvait signifier quelque chose » (4). Bien qu’Un chien andalou soit le résultat de visions rêvées mystérieuses, nombreuses sont encore les analyses poussées autour du récit. Mais « il fallait sans doute [Buñuel] le plus naturaliste et le moins rhétoricien des cinéastes pour atteindre les zones les plus obscures de l’imaginaire » (5).

En suivant cette même volonté, Antonin Artaud a écrit à propos de son scénario La coquille et le clergyman, qui sera plus tard repris par Germaine Dulac : « J’ai cherché […] à réaliser cette idée de cinéma visuel où la psychologie même est dévorée par les actes » (6). Pour la réalisation, la cinéaste a donc cherché à reprendre cette idée de “cinéma visuel“, qui dépasserait les codes établis et ferait ressortir « l’âme du cinéma », en refusant de limiter cet art à son simple intérêt technique et scientifique.

Elle écrivit à ce sujet « des manieurs de pensées, découvrirent que le cinéma avait une âme […] ce ne sont ni des littérateurs, ni des dramaturges, ni des peintres, ni des sculpteurs, ni des architectes, ni des musiciens, ce sont des Cinéastes pour qui l’art du mouvement, tel que le comprend le cinéma, est une forme d’expression unique » (7).

Cette sélection de films nous permet alors de mettre en images les différentes techniques, de prise de vue ou de mise en scène, utilisées par les cinéastes du surréalisme pour réinventer leur art.

Odile Boussard
(1) BRETON André, Manifeste du surréalisme, 1924, réédité en 1929 aux éditions du Sagittaire.
(2) DONALD James, « Y a des punaises dans l’air », Libération, 20/03/2002.
(3) Traduit de l’anglais « […] provokes […] to conjure the space of a diegetic world that it refuses to show », TESTA Bart, « optical experiments and anemic cinema », Screen Words : Early Film and Avant-Garde Film in the House of the Word, 2002.
(4) Luis BUNUEL, cité par RAUGE Jean-François, « Au cinéma l’empreinte forte d’une aventure brève », Le monde, 07/03/02.
(5) RAUGE Jean-François, Ibid.
(6) Antonin ARTAUD, « La Coquille et le clergyman et autre écrits sur le cinéma » dans Cinéma et réalité, publié dans les Oeuvres complètes, tome I à XXVI, Gallimard, Paris, 1956-1994

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