Visions psychédéliques

Lapis
1963/1966 – USA
10′ – Couleur – Sonore – 16mm
Réalisation : James Whitney, John Withney
Andy Warhol’s Exploding Plastic Inevitable
1967 – USA
22′ – Couleur – Sonore
Réalisation : Ronald Nameth
Musique : The Velvet Underground
Avec : Nico, Gerard Malanga, Ingrid Superstar
Visa de censure n°X
1976 – France
43′ – Couleur – Sonore – 16mm
Réalisation : Pierre Clémenti
Musique : Yvan Coaquette, Cyril Verdeaux
Chanson : Valérie Lagrange
Giraglia
1968 – France
5’30 – Couleur – Sonore – 35mm
Réalisation : Thierry Vincens
Projection au ciné-club le 06/04/2016

Le « Psychédélisme », du grec « Psyche » (: ce qui est visible), est apparu au début des années soixante. Il exprime l’idée d’une contreculture où priment « une altération formelle et une altération de la perception » (1). Durant cette période, l’avant- garde du cinéma et de la vidéo réalise et filme des performances visuelles et sonores. Timothy Leary, le chantre de la côte ouest américaine, décrit l’expérience visuelle psychédélique comme « une inondation, un Niagara d’énergie lumineuse » (2).

James Whitney réalise Lapis grâce au premier dispositif couplant caméra et système informatique, développé par son frère John. La méthode artisanale, celle de peindre à travers un patron, le reste bien que remplacée par un ordinateur. Ainsi, par une régularité de composition nouvelle, voit-on osciller des cercles dans un déploiement kaléidoscopique de couleurs, de délicieux jeux de mandalas, auquel s’ajoute la musique d’un sitar indien qui invite à la transe et à la méditation.

Illustrant l’idée d’anarchie visuelle et sonore propre au psychédélisme, Ronald Nameth filme les performances de l’Exploding Plastic Inevitable, une série d’évènements multimédias organisés par Andy Warhol, qui combinent la musique du Velvet Underground, les projections des films de l’artiste pop et les effets lumineux de Dan Williams. Le film montre ce milieu interlope, dans lequel les artistes de la fameuse Factory apparaissent dansant sous l’emprise de substances psychotropes.

Dans la continuité de ces films, le Visa de Censure n°X de Pierre Clémenti (acteur sublime, notamment de Bunuel) est aussi un « tourbillon visuel et auditif » (3). Il représente une des rares occurrences de cette tendance en Europe. L’œuvre joue avec une grande variété de techniques de captation : surimpression, distorsion optique, variations d’intensité lumineuses, etc. L’effet stroboscopique démultiplie les visions et ouvre difèrents champs de perceptions sur la scène underground parisienne des années 1970.

Enfin Giraglia s’appuie sur les rythmes énergiques et électroniques de la Messe pour le temps présent, de Pierre Henry et Michel Colombier ; soit la commande musicale de Maurice Béjart pour la création de son non moins célèbre ballet. Le format Cinémascope permet l’immersion totale, géante, dans un univers pourtant d’origine microscopique, aux multiples couleurs entremêlées et qui dansent le psyché-rock.

L’ensemble de ces films traduit une atmosphère singulière, celle d’une époque unique, la volonté de sortir du carcan des traditions, sociales et artistiques, une véritable prise de liberté. Ce courant aura une influence déterminante sur plusieurs générations d’artistes et de cinéastes expérimentaux.

Angèle Benbli dit Essahli, Julia Minne
(1) DELORME Stéphane, « Délirer », Les Cahiers du cinéma, n°705, novembre 2014, Edito.
(2) LEARY Thimothy, La politique de l’extase (The Politics of Ecstasy), Ronin Publishing, 1998, p. 13.
(3) Extrait d’un article du site internet du Lausanne Underground Film & Music Festival

Les commentaires sont clos.