Une Page Folle

Kurruta Ippeji
1926 – Japon
60' – 1,33:1 - N&B - Muet - 16mm
Date de sortie Japon : 24 septembre 1926
Date de sortie France : 1ère projection en 1972 à la Cinémathèque Française
Réalisation : Teinosuke Kinugasa
Scénario : Yasunari Kawabata, Teinosuke Kinugasa, Minoru Inuzuka
Musique :
Image : Kôhei Sugiyama
Avec : Masuo Inoue, Yoshie Nakagawa, Ayako Iijima, Hiroshi Nemoto
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0017048/
Projection au ciné-club le 17/02/2016

Une Page Folle est le chef d’œuvre issu de la collaboration entre les membres du groupe artistique japonais des années 1920 : Shinkankak-Ha (ou l’Ecole de la nouvelle perception). En 1926, Teinosuke Kinugasa, et les scénaristes Yasunari Kawabata et Minoru Inuzuka, réalisent une œuvre représentative du groupe, Une Page Folle. Grâce à la puissance visuelle du cinéma, ces artistes se concentrent sur les sensations qu’ils peuvent provoquer en dépit de la narration. Leur volonté étant de vouloir dépasser un certain naturalisme, le film est constitué d’hallucinations incroyables, presque fantomatiques. Elles le ponctuent de sorte que le spectateur perd lui même la notion de réalité.

L’intrigue est brève : au sein d’un hôpital psychiatrique l’incompréhension s’installe entre une femme internée pour avoir noyé son enfant et son mari, et un employé de cet établissement, impuissant et désarmé face à la situation. Sur ce bref récit au dépouillement stylistique radical, Teinosuke Kinugasa laisse libre court à ses expérimentations visuelles audacieuses tels que des surimpressions, des déformations de l’image, des cadrages inhabituels, un montage virtuose ainsi qu’un éclairage et des décors dignes de l’expressionnisme allemand. Ce poème visuel est sublimé par le jeu saisissant des acteurs.

Ces images surréelles issues de la folie de la femme, du désarroi et des souvenirs du mari deviennent l’expérience du spectateur. Ces différentes formes de visions permettent de s’évader vers un univers onirique. Teinosuke Kinugasa réalise en maître sa vision artistique et politique au travers des hallucinations et des souvenirs des protagonistes.

Julie Le Gonidec

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