L’ Arche Russe

Rousski kovtcheg
2003 – Russie / Allemagne
96' – 1,85:1 - Couleur - Dolby Digital - 35mm
Date de sortie Russie : 19 avril 2003
Date de sortie France : 26 mars 2003
Réalisation : Alexandre Sokourov
Scénario : Anatoli Nikiforov
Musique : Sergueï Evtouchenko
Image : Tilman Büttner
Avec : Sergey Dreyden, Mariya Kuznetsova, Leonid Mozgovoy, Mikhail Piotrovsky
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0318034/
Projection au ciné-club le 25/11/2015

On connaît le film de Sokourov pour sa performance technique : son unique plan séquence de quatre vingt seize minutes, le plus long de l’histoire du cinéma. Cette prouesse inscrit déjà L’Arche Russe dans le thème de la vision : un long regard ininterrompu et aérien, qui embrasse ensemble les décors, les personnages et les époques.

Dès les premières secondes, la voix off d’un narrateur anonyme prononce ces mots : « Lorsque j’ouvris les jeux, je ne vis d’abord que le noir. » Le noir d’une vision que l’homme n’est habituellement pas autorisé à voir : celle d’une époque révolue. Car le spectateur voit ensuite à travers les yeux du narrateur qui, nous le comprenons vite, est projeté soudainement deux siècles en arrière, à l’époque des derniers jours de la Russie tsariste. Errant dans le musée de l’Ermitage, il traverse et découvre les scènes de vie de cette aristocratie russe baroque et insouciante, sur le point de tomber à l’approche de la Révolution. Tout est question de visibilité, et d’invisibilité dans l’Arche Russe. Le narrateur invisible aux yeux des autres personnages flotte au gré des salles du musée, libre et détaché de son enveloppe corporelle, et observe l’Histoire se (re)jouer devant lui.

Le mélange des temps et des espaces, ainsi que le choix du plan séquence et du point de vue subjectif, forgent une nouvelle sorte de vision : une vue de l’esprit à la fois intérieure, désincarnée et intemporelle.

Manon Magrez

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