Astigmatismo / Blue

Astigmatismo
2013 – Espagne
4′ – Couleur – Sonore
Sortie en salle : pas de sortie en salles, sélection en festivals
Réalisation, Animation : Nicolaï Troshinsky
Scénario : Nicolaï Troshinsky
Musique : Shogun Kunitoki
Son : Pierre Sauze
Design des décors : Gina Thorstensen
Design des personnages : Cecilia Ramieri
Blue
1993 – Grande-Bretagne
76' – Couleur (monochrome) - Sonore
Date de sortie USA : 3 décembre 1993
(le film n’est pas sorti en salles en France ni en Grande-Bretagne)
Réalisation : Derek Jarman
Scénario : Derek Jarman
Musique : Simon Fisher Turner
Avec (voix) : Derek Jarman, John Quentin, Nigel Terry, Tilda Swinton
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0106438/
Projection au ciné-club le 09/12/2015

Peu de films mettent en image les troubles de la vision. Si certains abordent ce thème (L’enfant aveugle, Blindness, etc.), rares sont ceux qui essayent de recréer et de transmettre les sensations que ces troubles peuvent provoquer.

Astigmatismo, court-métrage d’animation de Nicolaï Troshinsky, met en scène un petit garçon astigmate qui se fait voler ses lunettes : le monde qui l’entoure devient flou, se transforme et se peuple d’étranges créatures. Dès lors, la vision du spectateur est, comme celle du garçon, brouillée par un subtil mélange d’images floues et d’images nettes. Les couleurs sombres et la prédominance du bleu contribuent également à déstabiliser le regard. Le réalisateur utilise différentes techniques, notamment un ordinateur capable de contrôler l’objectif de la caméra, afin de recréer les mouvements d’ajustement des yeux. Ainsi, ce court-métrage original entremêle images et trouvailles sonores afin d’interroger notre manière de percevoir et offre une expérience audiovisuelle unique.

Derek Jarman réalise lui un film sur la cécité. Blue est tout d’abord un long-métrage autobiographique : l’artiste anglais évoque le décollement de la rétine causée par son état avancé du sida. Il utilise ainsi, pour toute la durée du film, un cadre entièrement composé d’un bleu monochrome – couleur lui apparaissant en réaction à la lumière, lors de ses examens médicaux. Ce choix esthétique très radical nous rapproche encore plus intimement de son drame.

Pour Jarman le bleu est aussi un hommage au plasticien Yves Klein et à son célèbre International Klein Blue (1). La vision d’un seul photogramme fixe est effectivement comparable à la contemplation d’un tableau. Et, comme dans les réflexions de Klein, l’œuvre « interrog[e] le regard, ses capacités de dépassement, de transcendance » (2). Le fait de ne pas être distraits par les éléments de la réalité quotidienne nous permet de nous abstraire, de rejoindre d’autres niveaux de perception. Effectivement le spectateur ne regarde pas l’œuvre d’une façon traditionnelle, parce que les images ne sont pas lui données directement, choisies par le réalisateur. Au contraire chacun est laissé libre d’imaginer son film, grâce à un dispositif expérimental qui met en valeur la subjectivité. Des images nombreuses et irrépressibles semblent surgir de l’écran bleu et de la bande son, riche et très soignée. Les bruits, la musique et les voix (les acteurs proches du cinéaste ainsi que, dans la fin, Jarman lui- même, récitant des textes poétiques) sont montés ensemble en un flux harmonieux, qui contribue à rendre Blue hypnotique et touchant.

Angèle Essahli, Stephano Darchino
(1) Cf. WOLLEN Peter, « L’esprit dans la matière », in BAX Dominique (dir.), Derek Jarman, Jean Cocteau : Alchimie, contenu dans : Théatres au cinéma, n° 19, 2008, p. 100.
(2) CLOUTIER Mario, « Documentaires et fictions : faire du neuf avec du vieux », in Ciné-Bulles, vol. 13, n° 2, 1994, p. 8.

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