L’Esprit de la ruche

El Espíritu de la colmena)
1973 – Espagne
114' – 1,66:1 - Couleur - Mono - 35mm
Date de sortie Espagne : 8 octobre 1973
Date de sortie France : 13 septembre 1978
Réalisation : Victor Erice
Scénario : Victor Erice, Angel Fernández Santos
Musique : Luis de Pablo
Image : Luis Cuadrado
Avec : Ana Torrent, Isabel Tellería, Ferdando Fernándo Gómez, Teresa Gimpera, Juan Margallo, José Villasante...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0070040/
Projection au ciné-club le 06/05/2015

En 1973, Franco s’apprête à céder son pouvoir au futur roi Juan Carlos et l’Espagne entre lentement dans une période de transition démocratique. Dans ce contexte, les idées naissent, les histoires se racontent. Le cinéma participe pleinement à cette effervescence discrète et Victor Erice tourne L’Esprit de la ruche.

Dans l’Espagne des années 40, Ana, 6 ans, assiste à une séance de cinéma itinérant. Elle y découvre un monstre : celui de Frankenstein. Dans un monde façonné par le nondit, Ana donne alors un visage à l’angoisse latente. La créature existe ; « l’enfant, […] prisonnier politique » (1) doit négocier avec plusieurs réalités, comme le spectateur négocie avec le cinéma, entre ce qui se joue et ce qui s’y joue. Les récits s’entremêlent ainsi à de multiples niveaux. Si  »Frankenstein » résonne avec Franco, l’héroïne qui naît au début de la guerre d’Espagne porte le même prénom que son actrice en passe de vivre la chute de la dictature.

Partagée entre l’intuition et le fantasme, Ana forge une légende à partir de ce qu’elle voit. Erice cherche à approcher « la réalité comme un primitif » (2), alliant le mythe de la caverne et l’humanisme du XVè siècle. A travers le regard d’Ana, le spectateur réfléchit sur l’interprétation originelle et la manière dont s’appréhende l’Histoire, dépouillée de ses légendes.

Lorraine Thilloy
(1) Formule de J.L. Godard, reprise de Danielle Dubroux, « La lumière et l’ombre », In Les Cahiers du Cinéma, n°274, mars 1997, pp.41-44.
(2) Alain Philippon, « Entretien avec Victor Erice », In Les Cahiers du Cinéma, n°405, mars 1988.

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