Disloquer les légendes

Hollywood Movie
2012 – Allemagne
7′ – N&B / Couleur
Réalisation : Volker Schreiner
Alone. Life Wastes Andy Hardy
1998 – Autriche
15′ – N&B
Réalisation : Martin Arnold
Scénario : Martin Arnold
Avec : Mickey Rooney, Judy Garland…
Archaic Smile
2008 – Belgique
19′ – Couleur
Réalisation : Kurt D’Haeseleer
Lucifer Rising
1970-80 – USA
29′ – N&B / Couleur
Réalisation : Kenneth Anger
Avec : Kenneth Anger, Donald Cammell, Marianne Faithfull, Myriam Gibril, Bobby Beausoleil, Chris Jagger, Jimmy Page…
Projection au ciné-club le 26/11/2014

Le cinéma hollywoodien apparaît comme une légende en soi, engendrant de nombreuses réflexions, notamment dans le champ de l’« expérimental ». Ce dernier, hors de la dynamique industrielle, se focalise sur son propre médium, et proposerait ainsi une « contrehistoire ». C’est en démontrant sa fabrication qu’il démolirait la légende cinématographique.

« You can make – You can make any Hollywood movie – You can make any Hollywood movie interesting, if you, if you cut the movie several times – cut it, cut it, cut it… » Ainsi commence Hollywood Movie de Schreiner, oeuvre inspirée du « film scenario » de Nam June Paik, un texte sous forme d’aphorisme concernant des propositions pour explorer le film en tant que médium et dispositif. La version de Schreiner associe différents films hollywoodiens. Les classiques sont morcelés, mot par mot, puis rythmiquement recomposés. Se crée alors une nouvelle signification. « le cinéma d’Hollywood est un cinéma d’exclusion, de raccourci et de rejet, un cinéma de refoulement. Il y a toujours autre chose derrière ce qui nous est montré, qui n’est pas représenté » (1).

Martin Arnold utilise lui la matière même du film pour remettre en question ce qu’il symbolise. Alone. Life Wastes Andy Hardy déjoue les Andy Hardy mettant en scène Rooney et Garland dans une saga de l’American way of life. L’idéal de vie fait place à une vision cauchemardesque du rêve américain.

Archaic Smile interroge non pas la poursuite du bonheur mais la fictionnalisation des représentations historiques. Le modèle hollywoodien demeure exemplaire. Ce film met en avant la texture du médium numérique qui donne l’impression que l’image est couverte d’une membrane. Le réalisme de la reconstruction est mis en doute. « Finalement rejouer le passé nous en dit davantage sur le présent que sur l’histoire. » (2) conclut Kurt D’Haeseleer. La représentation historique ne reflète pas la vérité mais plutôt une vision contemporaine du fait.

Enfin, Kenneth Anger met aussi en image avec Lucifer Rising une reconstitution historique : l’Egypte ancienne où se côtoient Isis, Osiris et Lucifer, dans un environnement empreint d’occultisme. Le montage relie des images chaudes, d’explosions volcaniques, de coucher de soleils avec des images froides, de reptiles et processions dans la nuit dans une alternance d’images d’archives et des scènes tournées par le cinéaste. Par cette représentation non analogique et amorale de l’Histoire, Kenneth Anger contribue à disloquer le cinéma dominant.

Li-Chen Kuo et Felicidad Guarda
(1) Mac Donald Scott, « Rencontre avec Martin Arnold », In Bref n°40, printemps 1999.
(2) Kurt D’Haeseleer, http://lightcone.org/fr/film-5524-archaic-smile, dernière consultation 19 juillet 2014.

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