Portrait, trait pour trait

Sixième étage
1976 – France
2’45 – N&B – Muet – 16mm
Réalisation : Unglee
Avec : Corinne Powel, François Denis
Radio Serpent
1980 – France
11’30 – Couleur / N&B – 16mm
Réalisation : Unglee
Avec : Pascale Ogier, Benjamin Baltimore, Isabelle Weingarten, VioletaSanchez, Benoît Ferreux
Bal
1981 – France
11′ – Couleur – Muet – 16mm
Réalisation : Dominique Willoughby
Avec : Dominique Willoughby
La Garoupe
1937 – France
10’30 – Couleur – Muet – 16mm
Réalisation : Man Ray
Avec : Pablo Picasso, Paul Eluard, Nusch Eluard, Cécile Eluard, Emily Davies, Valentine Penrose, Roland Penrose, Man Ray
Violin Power
1978 – USA
10′ – N&B – Sonore – Vidéo
Réalisation : Steina Vasulka
Avec : Steina Vasulka
Autoportraits
1979-82 – France
11’25 – N&B – Muet – 16mm
Réalisation : Hervé Demoures
Avec : Hervé Demoures
Kopf (La tête)
1980-82 – France / Allemagne
25′- Couleur – Muet – Vidéo et 16mm
Réalisation : Harmut Lerch
Award Presentation to Andy Warhol
1964 – USA
12′ – N&B – Son optique – 16mm
Réalisation : Jonas Mekas
Avec : Andy Warhol, Baby Jane Holzer, Gerry Malanga, Ivy Nicholsen
Projection au ciné-club le 05/03/2014

Des années 1930 à 1980, les cinémas d’avant-garde et le cinéma expérimental travaillent le motif du portrait en lui offrant diverses variations techniques et esthétiques. Ainsi, Sixième étage d’Unglee, portraiture image par image un homme et une femme dans un montage rapide et clignotant. Cette proposition visuelle cherche à dégager « une impression de mouvement » (1), qui serait pareille à un spectacle vivant. Unglee poursuit cette recherche auprès du spectateur “actif” dans son dernier film Radio Serpent. Il regroupe le “clean“ et le “High Tech“ – autrement dit « la mode des lignes pures et celle de la haute technicité » (2) – dans une balade qui réunit Pascale Ogier et quelques figures du cinéma underground des années 1980, tel que Benjamin Baltimore, que justement Jean Eustache surnommait  »Radio Serpent » lors du festival de Cannes 1979.

En 1937, Man Ray filmait lui aussi les figures de l’Avant-Garde, tels que Picasso ou Paul Eluard, dans un film de vacances tourné sur la côte d’Azur, La Garoupe. Chargé de tester les nouvelles pellicules couleurs de Kodak, Man Ray « craignant que les corps paraissent trop blancs au soleil, (…) posa un filtre jaune sur l’objectif. Le résultat est étonnant : le ciel est vert, la mer marron, les corps orangés, chose qui ne pouvait ravir un peintre qui voyait ces images comme un hommage à Gauguin. » (3). Entre improvisation et réjouissance, ce film fait écho au film de Jonas Mekas, Award presentation to Andy Warhol, réalisé à l’occasion de la remise de prix du film indépendant en 1964. On voit, dans ce portrait de groupe, « Andy au milieu de ses stars les plus importantes, Baby Jane Holzer, Gerry Malanga, Ivy Nicholsen, ainsi que le directeur de Film Culture, Jonas Mekas, qui est venu pour lui décerner le prix : une corbeille de fruits – champignons, carottes, pommes et bananes – que tous vont ensuite manger avec grand plaisir » (4).

A l’aube des années 1980, « La France […] commence à avoir une identité dans le cinéma de recherche » (5) ; Dominique Willoughby s’y inscrit depuis 1972 et avec Bal, il propose de « créer un visage jamais vu » (6) grâce aux seuls moyens du cinéma, autoportrait dans lequel « les mouvements du visage sont brefs et échantillonnés, démultipliés et surimpressionnés emplissant l’écran d’une multitude de visages aux mouvements brusques, tournoyant et enchaînés néanmoins » (7). Hervé Demoures présente dans ce même élan Autoportraits où le visage est sculpté par la seule lumière d’un projecteur plein face : « Là, le visage est ersatz de l’indispensable cinématographique : l’écran. C’est la projection qui confère sa matérialité au visage » (8).

Dans Violin Power , Steina Vasulka dessine son portrait en jouant du violon. Son corps se transforme en « caisse de résonance (…) ; ce n’est pas l’image en soi qui est traduite en son, mais toute la chaîne d’énergie composant l’image qui est transposée en équivalence sonore, ou vice-versa. » (9). Il s’agit d’une performance filmée au format vidéo qui donnera lieu à diverses expositions. La vidéo donne une nouvelle texture à l’image et permet d’obtenir des traits encore différents. Enfin, installé au Centre Pompidou, Hartmut Lerch capture 10 000 portraits de visiteurs « le temps d’impressionner un photogramme (…). Chaque nouvelle tête est cadrée avec un léger décalage par rapport à la précédente, de façon qu’à la projection, dans leur succession, ces innombrables têtes semblent n’en faire qu’une seule qui tournera lentement sur elle-même » (10) créant en quelque sorte « la tête universelle » (11).

Céline Coturel et Noémie Jean
(1) et (2) Unglee, Melba, n°1, Novembre 1976.
(3) Iannis Katsahnias, « Man Ray, le chasseur de lumière », Cahiers du cinéma, n°390, déc. 1986, p.45-47.
(4) Jonas Mekas, in New York Film-makers’ Cooperative catalogue, n°6, New York, 1975, traduit par D. Willoughby pour la Paris Film Coop. (archives Cinédoc)
(5) Le Journal du Centre, « Festival du cinéma », 18 avril 1980 (archives Cinédoc).
(6) Programme « ça c’est du cinéma », Studio Municipal, Montreuil. (archives Cinédoc)
(7) Claudine Eizykman, programme Dominique Willoughby Films, Centre G. Pompidou, Musée national d’art moderne, du 20 au 24 juin 1984, Paris. (Cinédoc)
(8) Hervé Demoures (archives Cinédoc)
(9) Dorothée Lalanne, « Gloire aux Vasulka » (cf : exposition “Quinze années d’images électroniques” organisée par Ciné-MBXA), Libération, 25 Juin 1984,
(10) et (11) Dominique Noguez, Trente ans de Cinéma Expérimental en France (1950-1980), Ed. A.R.C.E.F., Paris, 1982, p. 93-94. (archives Cinédoc)

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