Persona

1966 – Suède
80' – 1,37:1 - N&B - 35mm
Date de sortie Suède : 18 octobre 1966
Date de sortie France : 21 décembre 1966
Réalisation : Ingmar Bergman
Scénario : Ingmar Bergman
Musique : Lars Johan Werle
Image : Sven Nykvist
Avec : Bibi Andersson, Liv Ullmann, Margaretha Krook, Gunnar Björnstrand
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0060827/
Projection au ciné-club le 12/03/2014

En 1965, Ingmar Bergman écrit un scénario Les Mangeurs d’hommes qu’il prévoit de tourner durant l’été sur l’île de Faro. Il tombe gravement malade et se retrouve alité à l’hôpital. Contraint, Bergman abandonne le projet mais rencontre malgré tout l’actrice Liv Ullmann, accompagnée de Bibi Andersson. Marqué par cette rencontre fugace, il éprouve le désir de « faire un film avec ces deux brillantes actrices, ces deux  »garces fascinantes » » (1). Le cinéaste, frappé par leur troublante ressemblance, imagine un huis clos sur « deux personnes perdant petit à petit leur identités respectives dans leur rapport. » (2) Le titre du film, Persona , rappelle le terme latin employé pour désigner le masque que portaient les comédiens dans la tragédie antique. Ce motif fait déjà partie du répertoire de Bergman, les personnages de La Nuit des Forains ou du Septième Sceau sont porteurs de masque.

Les visages des actrices sont ici travaillés comme de véritables matériaux plastiques. Évoquant le cinéma expressionniste, Bergman pense le visage comme une scène : « si le visage est un théâtre, il est la scène où se jouent les passions humaines » (3). Le cinéaste pousse à son paroxysme le rapport de force entre les deux femmes et leur défiguration. Il forge un portrait composite à partir de la moitié de leurs deux visages. Elles deviennent le miroir l’une de l’autre et se confondent. Les actrices en sont elles-mêmes troublées. Bergman raconte : « Liv a dit : ‘Non, mais tu as vu, Bibi est affreuse ! ‘ Et Bibi a dit à son tour : ‘Non ce n’est pas moi, c’est toi !’ » (4)

A sa sortie en salles, les critiques s’avouent bouleversés par ce « drame d’âmes construit avec le même sérieux et la même beauté visuelle que chez Dreyer et Bresson. » (5).

Pauline Bellussi
(1) Ingmar Bergman extraits de « Bergman Opus XXVII », par Marianne Karré,Cinéma 66, n°111, décembre 1966, p.42.
(2) et (4) S. Björkman, T. Manns et J. Sima , Le cinéma selon Bergman, Editions Seghers, Cinéma 2000, 1973, Paris, p.242.
(3) Jacques Aumont, Ingmar Bergman : « Mes films sont l’explication de mes images », Cahiers du Cinéma, collection Auteur, Paris, 2003, p.164.
(5) Carl-Eric Nordberg ,Cinéma 66, op.cit., p. 41.

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