L’Etrange affaire Angélica

O Estranho caso de Angélica
2009 – Portugal / France / Espagne / Brésil
95' – 1,66:1 - Couleur / N&B - Dolby Digital
Date de sortie France : 16 mars 2011
Réalisation : Manoel de Oliveira
Scénario : Manoel de Oliveira
Musique : Oeuvres de Frédéric Chopin
Image : Sabine Lancelin
Avec : Pilar Lopez de Ayala, Ricardo Trêpa, Filipe Vargas , Leonor Silveira, Luis Miguel...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt1282153/
Projection au ciné-club le 26/02/2014

L’Étrange affaire Angélica est un projet que Manoel de Oliveira porte depuis 60 ans. La censure du régime totalitaire de Salazar lui refuse un premier scénario en 1952. En 2007, le producteur d’Oliveira le pousse à le réadapter, le cinéaste s’exécute ajustant « le projet aux circonstances de [notre] époque (…) tous les éléments sont actuels. Je n’ai pas cherché à reconstituer les années 1950. » (1)

Connu pour le regard critique qu’il porte sur la société portugaise, Oliveira déroute et fascine. Toute l’intrigue d’Angélica repose sur un portrait qu’Isaac (Ricardo Trêpa) fait d’une défunte. A travers le viseur de son appareil, Angélica semble reprendre vie. Le réalisateur pose la question esthétique de la pérennité : immobile puisque morte, Angélica n’est déjà plus qu’une image d’elle-même. Le discours de l’amour absolu est figuré par un emploi fantastique des outils qui capturent le réel. Oliveira leur rend hommage en « neutralisant l’opposition entre l’instantané pris sur le vif et la pose mortuaire. » (2) Il plonge Angélica dans un halo mystique, né de l’impression qu’il ressentit un jour de 1952 « en cadrant [avec son Leica] un visage mort » (3).

Emprunte d’une nostalgie discrète aux couleurs raffinées, la beauté du film tient de son rythme, de ses cadrages fixes inspirés par la photographie, et de ses séquences quasi documentaires d’un temps qui paraît révolu. Isaac ne se contente pas de faire le portrait de la femme qu’il idéalise, il s’intéresse aussi aux travailleurs du village, et portraiture une ville à l’apparence délitée.

Comme de coutume, Oliveira « impose un calme au récit » (4), et tient un véritable discours de l’Image et de sa représentation.

Céline Coturel
(1) M. de Oliveira, propos recueillis par Antonio Preto, L’Avant-Scène Cinéma, n°581, mars 2011.
(2) Alain Masson, « L’Étrange affaire Angélica, L’espace absolu », Positif, °601, mars 2011, p. 24-26.
(3) M. de Oliveira, propos recueillis par Eulalia Iglesias, « L’Etrange cas Oliveira, Cannes 2010 », Cahiers du cinéma, n°656, mai 2010, p.26-29.
(4) René Marx, « Un jeune homme seul », L’Avant-Scène Cinéma, n°581, mars 2011, p.18-19.

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