Laura

1944 – USA
88' – 1,37:1 - N&B - Mono - 35mm
Date de sortie USA : 11 octobre 1944
Date de sortie France : 13 juillet 1946
Réalisation : Otto Preminger
Scénario : Jay Dratler, Samuel Hoffenstein, Betty Reinhardt, d’après le roman de Vera Caspary
Musique : David Raksin
Image : Joseph LaShelle
Avec : Gene Tierney, Dana Andrews, Clifton Webb, Vincent Price, Judith Anderson...
Fiche Imdb : http://www.imdb.com/title/tt0037008/
Projection au ciné-club le 13/02/2013

Tourné en 1944, le septième film réalisé par Otto Preminger, Laura, est considéré par son auteur comme son premier film « personnel », bien que passé inaperçu à sa sortie, vu comme un énième film noir sur le meurtre d’une femme.

Qui est Laura, qu’est ce que Laura ? Parler de Laura invite à parler de Laura Hunt (interprétée par Gene Tierney), des fantasmes que son meurtre ont fait naître. Laura, c’est « le portrait d’une fille qui vit dans l’imagination d’un homme au point de s’incarner. » (1) Cette disparition, puis la « résurrection » de la jeune femme constituent les points de rupture du film avec le genre du film noir, comme si le meurtre de la jeune femme engendrait celle des codes du genre, et sa réapparition, leur fin.

Porté par des enjeux de narration complexes, le film de Preminger est bien plus qu’un film noir. Laura et Laura se confondent, entre mise en scène d’un fantasme et soumission de la réalité à celui-ci. Le film pose ainsi une réflexion sur les codes du cinéma hollywoodien, en les travaillant et les dépassant : si la disparition d’une femme entraine une reconstruction du récit et de ses codes, « c’est aussi l’imagination qui fait Laura, qui l’invente. Le film invente littéralement son propre déroulement, il fait de la rêverie son moteur. » (2)

Cette capacité du film de Preminger à créer un imaginaire puissant en interrogeant les limites du réel, à partir d’une absence est ce qui rattache Laura à ces films qui « substitue[nt] à nos regards un monde qui s’accorde à nos désirs. » (3)

Pauline Ginot
(1) (2) SKORECKI Louis, « Laura », Libération 01/07/02.
(3) GODARD Jean-Luc, dans Le Mépris, citant André Bazin (la phrase est en réalité de Michel Mourlet).

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