Herman Slobbe / Clean Time

Herman Slobbe
1966 – Pays-Bas
29′
Réalisation : Johan van der Keuken
Son : Jaap Gerritse, Dick Polak, Herman Slobbe
Image : Johan van der Keuken
Clean Time
1997 – France
26′ – Couleur
Réalisation, Image et Son : Didier Nion
Projection au ciné-club le 02/03/2011

Dans les deux films qui composent cette séance, un jeune garçon aveugle de naissance et donc dépendant sensoriellement et socialement et un homme de 34 ans qui tente de se libérer de sa dépendance à la drogue, luttent tous deux pour reconquérir une indépendance de vie.

Cinéaste et photographe néerlandais, Johan van der Keuken est l’auteur d’une cinquantaine de documentaires. Au milieu des années soixante, il consacre deux films aux aveugles, sur la façon dont « un aveugle se forme une réalité, une image du monde. » (1) Pour lui, le premier film L’enfant aveugle lui « permettait de dégager quelques principes généraux » (2), dans le deuxième L’Enfant aveugle 2, Herman Slobbe, il se concentre particulièrement sur un jeune garçon.

Comme il le souligne, « il s’agit d’un garçon au moment de la puberté, qui doit se débattre avec son environnement pour se frayer un chemin, se faire une position, se créer un monde, pas seulement de point de vue de la perception, mais aussi du point de vue social. Et là, la cécité n’est pas seulement un autre monde de perception mais aussi bien un champ de luttes sociales. » (3) Keuken brouille nos frontières solidement ancrées (visible/ invisible, document/fiction, perçu/imaginé), en nous montrant des enfants qui ne maitriseront jamais absolument leur image. Il « engage » Herman pour qu’il participe à la bande sonore du film et dirige son micro sur des détails, faisant varier les intensités du son à l’intérieur même du cadre. Ce travail sur le son pallie à l’absence de perception visuelle d’Herman.

On observe alors une véritable collaboration enthousiaste entre le cinéaste et le jeune garçon. Keuken nous donne accès au personnage de Herman, tout en nous montrant « qu’il ne s’agit pas seulement d’une image différente de la réalité, mais vraiment d’une autre réalité, fondée sur d’autres données. » (4)
Marc Roufiol a trente-quatre ans, et plus de dix ans de drogue dans le sang, «King Baby» des années soixante qui fait « what he wants, when he wants, and he wants it now ! » (5) Didier Nion signe ici son premier film, remarqué aux Etats Généraux du film documentaire de Lussas en 1997.

Tourné en Super 8 pendant quatre ans, Clean Time nous livre les pensées d’un homme qui tente de revenir à la réalité qu’il a quittée à la fin de son adolescence. A la vingtaine, le temps s’est figé, et le prisme des paradis artificiels a pris le pas. Clean-Time : vingt jours sans « aucune molécule pouvant modifier le comportement » (6), chaque heure est un combat pour lutter contre la dépendance. Clean-Time: cent quarante-cinq jours, après la dépendance physique, c’est contre l’esprit qu’il faut lutter, lutter contre la pulsion du plaisir immédiat que l’argent facile jusqu’alors permettait. Lutter contre le réflexe « consommation » qui se déplace de la drogue à la chair, et espérer un jour raccrocher la vie, la « vraie », envisageant peut-être même un jour de travailler pour la gagner. Rompre peu à peu avec le confort financier apporté par les parents, se faire ses propres marques, et s’y tenir.

Marc compare ceux qui ont connu la drogue aux personnages mythiques d’Icare ou de Sisyphe, qui, a trop côtoyer les dieux, ont atteint un état des choses qu’ils n’auraient pas dû, et doivent le payer par un dur retour à la réalité. Mais Marc conclut par cette citation de Camus « Il faut imaginer Sisyphe heureux… » (7)

Marta Chwasteniewska et Anna Charrière
(1), (2) et (3)Propos de Johan Van der Keuken recueillis par S.Daney et J-P Fargier «Entretien avec Johan van der Keuken»,
Cahiers du cinéma n°289, Juin 1978, p.64 et 65
(4) Idem, p.65.
(5) «Ce qu’il veut, quand il veut et ce qu’il veut c’est tout de suite!», citation extraite du film
(6) et (7) Citations extraites du film.

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